Réforme 2018

Un CPF en euros à partir du 1er janvier 2019 : le « big bang » de la formation aura-t-il lieu ?

C’était l’un des grands axes de la réforme de la formation et il est maintenant confirmé : le Compte Personnel de Formation ne sera plus en heures, mais en euros au 1er janvier 2019. Pour le gouvernement, cette mesure vise à diminuer les écarts qui existent entre les salariés les moins qualifiés et les cadres. Pourtant, certains pointent déjà du doigt les limites de cette initiative. Concrètement, quel impact cette mesure va-t-elle avoir sur les entreprises et le monde de la formation ?

Le CPF et ses enjeux : histoire d’un échec

À l’origine, le Compte Personnel de Formation devait aider les Français à prendre en main leur évolution professionnelle : en leur mettant à disposition un certain nombre d’heures de formation, ceux-ci étaient responsabilisés et prenaient l’initiative de se former.

Dans les faits, pourtant, le CPF n’a pas rencontré le succès escompté. En 2018, seules 575 000 formations ont été financées par ce biais, sur les 5,26 millions de comptes créés depuis 2013, soit à peine plus de 10 % . Ce qui a été reproché au CPF, c’est la complexité de la démarche de financement : entre le compte en ligne qui s’apparente à un véritable « parcours du combattant » et des entreprises qui veulent imposer à leurs salariés des formations en accord avec leur propre plan de développement de compétences, il y a de quoi devenir fou ! L’autre problème posé par la complexité du parcours de formation, c’est qu’il favorise les cadres au détriment des salariés peu qualifiés. En 2017, 58 % des cadres ou professions supérieures avaient suivi une formation dans l’année contre 33 % des ouvriers. Quand on sait que 80 % des ouvriers peu qualifiés rencontrent des difficultés de compréhension de l’écrit, on comprend qu’ils soient aussi peu nombreux à se former  !

Alors que 75 % des Français estiment que le système de formation professionnelle est aujourd’hui inadapté, inefficace et inégalitaire, le gouvernement a décidé de chambouler le CPF pour lui permettre de gagner en transparence et en efficacité.

Le nouveau Compte Personnel de Formation, au cœur du débat

Alors comment la réforme de la formation compte-t-elle réformer le CPF ? Pour réduire les inégalités, le gouvernement a décidé de comptabiliser le CPF en euros et non plus en heures. Cette mesure incitative devrait encourager les entreprises à former leurs salariés les moins qualifiés : là où la formation d’un cadre revient plus cher (et lui alloue donc moins de temps), la formation d’un ouvrier peut s’envisager sur du plus long terme, dans le cadre d’un véritable parcours professionnel. Et pour donner un coup de pouce aux actifs français les moins favorisés, l’État a décidé de créditer le compte personnel de formation des ouvriers les moins qualifiés de 800 euros par an, contre 500 euros par an pour les salariés qualifiés.

Autre nouveauté, le CPF sera le même que le travailleur soit à temps plein ou à mi-temps : un choix destiné à aider les travailleurs précaires, grands perdants de la formation professionnelle aujourd’hui.

Mais si le CPF veut ouvrir de nouvelles perspectives aux salariés français, il reste néanmoins controversé : les derniers débats parlementaires lui reprochent par exemple l’individualisation du parcours de formation et l’usage d’outils numériques. Loin de démocratiser l’accès à la formation, ces nouveaux outils contribueraient au contraire à creuser le fossé entre cadres connectés et ouvriers touchés par la fracture numérique. Pour le gouvernement, l’accessibilité du CPF est un enjeu majeur de la réforme.

Le CPF en euros : ce qui va changer pour les organismes de formation

Du côté des organismes de formation, le passage du CPF en euros signifie que les entreprises vont privilégier les formations plus longues et moins chères. Au 1er janvier 2019, les heures de formations seront converties en euros à hauteur de 14,28 euros pour une heure. Pour les centres de formation, dont les tarifs horaires tournent plutôt autour de 40 euros, c’est un changement important ! En plus de devoir repenser leurs tarifs et la durée de leurs formations, ils vont aussi devoir prendre en compte l’arrivée des formations en e-learning. C’est un des axes phares de la réforme, et le gouvernement compte bien valoriser les formations à distance dans le parcours professionnel des salariés. Face à un centre de formation, l’e-learning est extrêmement compétitif : moins de frais de structure pour plus de contenus !

Heureusement pour les organismes de formation, l’arrivée de l’e-learning présente aussi de nouvelles opportunités de développement : qu’il s’agisse de créer des modules de formation à distance, de mieux animer ses formations en présentiel, ou de mêler e-learning et formation physique, il est possible de tirer avantage des nouveaux parcours de formation pour faire évoluer son activité. Le passage du CPF en euros va donc forcer les organismes de formation à repenser leur activité, mais il ne signe pas la fin des petits centres de formation. Au contraire, ces derniers pourront ainsi valoriser leur agilité !

Pour en savoir plus sur la réforme de la formation professionnelle, rendez-vous ici.

 

Passionnée d’innovation, j’accompagne les entreprise dans la définition de leur stratégie de contenus web et j’interviens en conférences sur des sujets comme l’agilité ou la communication.

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