Réforme Formation

L’avenir sombre de la formation en e-learning sur étagère

L’e-learning sera-t-il le tremplin des formations de plus en plus désincarnées ? C’est un risque certain. À l’image des livres et e-books pour booster sa carrière, l’e-learning sur étagère fait envie : son délai de construction est réduit, il est disponible immédiatement et exige très peu de mises à jour. Solution parfaite pour maximiser ses ventes sans avoir à aligner les efforts.

Qu’entend-on par e-learning sur étagère ? Nommé « e-learning clé en main » dans son discours marketing, cet e-learning correspond à des modules ou des formations complètes préconstruits et disponibles immédiatement sur internet. Originellement développé pour former aux langues ou aux logiciels, l’e-learning sur étagère s’est étendu à tous les domaines de formation jusqu’à la gestion de crise, les fondements de l’itération ou le leadership des managers. De la formation la plus fonctionnelle aux notions plus abstraites, l’e-learning sur étagère a conquis toutes les strates de la formation et presque tous les publics. Mais a-t-on vraiment envie de suivre ses formations comme on lit un chapitre ? Pour beaucoup de sujets, non. L’e-learning sur étagère, dans sa forme actuelle, présente encore trop de défaillances qu’il ne sait combler.

Inconvénient n° 1 : le manque de personnalisation

Lorsque vous vous rendez sur une plateforme comme LinkedIn Learning, vous le remarquez rapidement : le catalogue des formations et des modules est affiché selon une logique propre aux réseaux sociaux et non à la formation. Plutôt que de catégoriser les formations par apprentissage, format, durée ou objectifs, les vidéos sont affichées par popularité. C’est là que le bât blesse : lorsque l’on est dans un parcours de formation en Sales, peu importe la notoriété de la vidéo sur la maitrise de PowerPoint, elle ne s’inscrit pas dans notre démarche.

Autre problème : comment savoir si la vidéo ou la série de vidéos s’aligne(nt) sur les compétences ou connaissances que vous avez besoin d’acquérir ? En phase d’exploration, pas de réponses. À défaut d’un échange avec le formateur, vous aurez droit à une présentation courte. À vous ensuite de lire entre les lignes pour obtenir votre réponse. Le manque de personnalisation conduit à une formation incomplète.

« Les solutions sur étagère répondent partiellement aux besoins de l’entreprise et les mises à jour se font par le fournisseur en fonction du marché. » Eric de Dreuzy, responsable du pôle nouvelles technologies à la direction de la formation chez Air France KLM

Inconvénient n° 2 : le contenu est figé

Lorsqu’elles présentent leurs formations ou leurs modules, les plateformes qui vendent de l’e-learning sur étagère réfléchissent « bibliothèque » et non « sélection ». Quand vous explorez ces sites, vous voyez tout et surtout, ce qui ne vous intéresse pas. C’est pareil à l’intérieur de chaque module ou de chaque formation.

Puisque le contenu est déjà rédigé, il n’est pas forcément compartimenté selon votre niveau, vos attentes, votre marché ou votre industrie. Impossible parfois d’obtenir des informations qui vous serviront vraiment, des apprentissages que vous pouvez concrètement utiliser.

Avec le contenu figé ressort un autre risque : celui du manque de mises à jour. Si vous évoluez dans un domaine régi par les règlementations, les habitus ou les tendances du marché, assurez-vous d’abord que votre e-learning sur étagère délivre des informations récentes.

Inconvénient n° 3 : l’absence d’interactions

 « De par son cursus éducatif, le cadre français a été habitué à apprendre avec un accompagnateur » Bérénice Guillard, responsable marketing grands comptes chez iProgress

Dans la formation comme dans le reste, on n’échappe pas à ses habitudes. C’est pourquoi il est essentiel d’incorporer de l’humain dans l’e-learning. Il existe de nombreux outils pour encourager l’immersion ou l’interaction pendant la formation et après, à l’image de la classe virtuelle. Avec l’e-learning sur étagère, les interactions sont limitées, voire, impossibles. Poser ses questions, demander des précisions, revenir sur une notion, questionner le formateur… Pas en e-learning sur étagère.

Les formateurs ont bien intégré cette problématique et proposent aujourd’hui d’échanger à travers les réseaux sociaux ou à la fin de la formation. Les échanges sont parfois possibles, mais restent limités.

Inconvénient n° 4 : l’opacité sur les modules

Avez-vous déjà parcouru des catalogues de formation e-learning sur étagère ? Vous avez sûrement remarqué un point clé : les informations relatives à l’articulation de la formation et aux relations entre apprenants et formateur sont assez opaques. Il est parfois impossible de savoir si l’on va parler à quelqu’un ou comment va s’organiser la formation (alternance cours/exercices, nombre de livrables, travail de groupe…).

Dans ce parcours, soit vous achetez votre formation et avancez pas à pas par la suite, soit vous obtenez des réponses en demandant un devis ou en envoyant un mail à l’organisme ou au formateur. En termes de parcours utilisateur, cette stratégie s’avère contre-productive puisqu’elle peut en bloquer plus d’un.

Inconvénient n° 5 : l’analyse inexistante

Sans animation de formation, point d’évaluation. Pourtant, l’évaluation est la pièce maîtresse de chaque formation pour les formateurs, comme pour les stagiaires. Elle est essentielle pour permettre au créateur de s’améliorer et pour appliquer ou approfondir de nouvelles notions chez les apprenants.

En tant que formateur d’e-learning sur étagère, vous pourrez toujours évaluer le temps de connexion ou les résultats obtenus aux exercices, mais vous n’aurez pas accès à des résultats plus qualitatifs.

 

Bien sûr, l’e-learning sur étagère est aussi pratique que rentable, mais il répond à des objectifs trop éloignés de la transmission, du partage et de l’amélioration aussi bien individuelle que collective. En complément d’un e-learning sur mesure, il peut se révéler très intéressant (pour maîtriser un logiciel par exemple), mais il ne remplacera jamais la relation entre un formateur et ses apprenants. Toute la question réside dans l’équilibre.

Diplômée d’un Master 2 en communication à Sciences Po Grenoble, je travaille essentiellement dans des domaines B2B. Après quelques expériences dans le web, je me suis spécialisée en création, optimisation et pilotage de contenus. J’évolue dans des domaines autour de la formation, des RH et du digital. Je m’intéresse particulièrement aux nouvelles méthodes d’enseignement et à la valeur ajoutée du numérique dans l’apprentissage.

4 Comments

  1. Je partage votre analyse. Le e-learning n’est pas de la formation mais de l’information. Que certains l’ai assimilé à de la formation provient, à mon avis, de similarités du mode de financement. C’est un outil d’apprentissage comme d’autres, au service de la formation, qui ne peut venir qu’en appui de celle-ci. En revanche, l’assimiler à de la formation est un non-sens : pas de pédagogie, ou plutôt “d’andragogie”, en e-learning exclusif. Cependant, les avancées dans la conception des outils de e-learning, les habitudes prises par les intervenants de se familiariser avec ces techniques tout autant que d’en être concepteurs, ont permis au monde de la formation professionnelle de se remettre en question en termes de “supports de cours”, de “supports pédagogiques”, ce qui fut assez bienvenu, ce secteur ayant trop longtemps souffert de la médiocrité desdits supports.

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