Réforme Formation

Que révèlent les études de la Dares et de la Caisse des dépôts et Consignations (CDC) sur l’utilisation du CPF par les salariés du secteur privé ?

La Dares (La direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques) vient de publier une nouvelle étude sur l’utilisation du compte personnel de formation entre 2015 et 2018 par les salariés du secteur privé. Une deuxième publication de la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC) consacrée au CPF et au coût de la formation fournit des indications complémentaires sur le déploiement de ce dispositif à l’échelle nationale. Sur Digiformag, nous vous proposons une synthèse de ces deux études et des principaux chiffres clés à retenir.

A noter : tous les chiffres publiés dans cette étude ne prennent pas en compte les récents changements introduits par la loi « Avenir professionnel ».

En préambule de l’étude : une mobilisation accrue du CPF

En introduction de cette étude, la DARES insiste sur le nombre de formations suivies par les salariés du secteur privé grâce au compte personnel de formation (CPF). Ainsi, entre 2015 et 2018, ce sont près de 900 000 formations qui ont été suivies grâce au compte personnel de formation.

Si le CPF connaît un démarrage assez modeste en 2015, ce n’est qu’en 2018 que le nombre de formations mobilisées par le CPF explose pour atteindre le chiffre de 383 000 formations contre 272 000 en 2017, soit une augmentation de 41 %.

Le CPF demeure encore trop peu plébiscité par les salariés du secteur privé

Comme nous l’avons rappelé dans le paragraphe ci-dessus, entre 2017 et 2018, les salariés du secteur privé ont été plus nombreux à mobiliser leur CPF. À ce titre, ils ont dépassé le nombre de formations mobilisées via le CPF par les demandeurs d’emploi.

Pour autant, ces chiffres flatteurs ne permettent pas d’affirmer que ce dispositif de formation est très plébiscité par les salariés du secteur privé. En effet, l’entrée en formation par un salarié du secteur privé qui a mobilisé son CPF demeure modeste. En 2018, le taux de recours au CPF par les salariés du secteur privé s’élève à peine à 1,1 %.

Etude de la Dares 2015-2018 sur l'utilisation du CPF
Taux de recours à une formation CPF des salariés du secteur privé

Comment expliquer un chiffre aussi bas ? Plusieurs causes peuvent être avancées (que nous confirmera la suite de l’étude) : un manque de communication sur ce dispositif de formation que sont censés assurer les entreprises et les OPCA, des formations du catalogue CPF peu adaptées aux besoins des entreprises et un financement assuré en majorité par les salariés eux-mêmes….

Lire aussi : Réforme de la formation : la nouvelle application CPF va-t-elle changer les règles du jeu ?

Quel est le profil type des personnes qui financent leur formation avec le CPF ?

Ce sont les salariés du secteur privé âgés entre 25-44 ans qui financent le plus de formations via le compte personnel de formation. Les jeunes de moins de 25 ans demeurent peu nombreux bien que leur nombre ait augmenté entre 2017 et 2018.

Des mesures avaient en effet été prises pour favoriser la mobilisation du CPF par les jeunes salariés.    Parmi elles figurent : l’ouverture des droits à la formation aux apprentis ainsi que la portabilité des heures du DIF.

Outre l’âge, le profil type d’un salarié du privé utilisateur du CPF est une personne diplômée de l’enseignement niveau supérieur de niveau I, niveau II et niveau III. Précisons toutefois que le niveau d’étude varie en fonction de temps de formation. En effet, les actifs dont le niveau d’enseignement est équivalent au baccalauréat ou encore au CAP-BEP mobilisent davantage leur CPF pour financer des formations longues. Ce public est également davantage concerné par le CIF (congé individuel de formation).

Sans surprise, et comme le confirment les chiffres publiés par notre article, ce sont donc les catégories socioprofessionnelles supérieures qui mobilisent le plus leurs comptes personnels de formation. Les cadres et professions intellectuelles supérieurs sont en effet les plus nombreux. En effet, ils sont 2,7 % à avoir démarré une formation CPF en 2018.

Cette tendance est pourtant loin d’être décroissante en fonction du niveau de qualification. En effet, ce sont les professions intermédiaires qui accèdent à la 2place. Même si on peut constater une augmentation du nombre d’ouvriers ayant suivi une formation via le CPF, ces derniers demeurent minoritaires.

En créant une plateforme « mon compte formation » qui permet à tous les actifs d’acheter des heures de formation directement via une application, l’État s’est fixé comme mission de favoriser l’entrée en formation des personnes les moins qualifiées.

Lire aussi : Comment se préparer à l’Application CPF ? Par Natanael Wright de Wall Street English

La réduction des temps de formation

La Dares révèle une autre tendance en matière d’acquisition des compétences par les salariés du secteur privé : celle du raccourcissement des temps de formation. En effet, les OPCA sont de moins en moins nombreux à assurer des cofinancements dont la durée dépasse les heures inscrites sur le CPF.Les formations de moins de 100 heures ne cessent d’augmenter même si l’on peut constater une légère baisse entre 2018 et 2019. Ce type de formation concerne presque 80 % des formations mobilisées via le CPF.

 

Durée et caractéristiques de formations suivies CPF par les salariés du secteur privé
Durée et caractéristiques de formations suivies CPF par les salariés du secteur privé

Une des conséquences de l’augmentation du nombre de formations courtes est la baisse des heures mobilisées par les salariés du secteur privé dans leur CPF.

Les cofinancements des salariés du secteur privé sont plus importants

Lorsque la durée de la formation est supérieure aux heures disponibles sur les CPF des salariés du secteur privé, plusieurs financements sont possibles. En effet, les employeurs peuvent abonder le compte de leurs salariés et les OPCA peuvent également compléter les compléter.

Toutefois, l’étude menée par la Dares tend à montrer une légère réduction des financements complémentaires dans le cadre de formations courtes (c’est-à-dire dont la durée est inférieure à 100heures). Ainsi, en 2018, 36,5 % des formations de moins de 100 heures bénéficiaient d’un financement complémentaire contre 38,8 % en 2015. Les différentes parties prenantes (OPCA et employeur) ont préféré investir sur les formations longues qui continuent de bénéficier d’importants abondements.

Ces chiffres révèlent ainsi que dans le cadre de formations courtes, une partie importante des cofinancements est assurée par les salariés eux-mêmes.

Un DIF encore trop peu mobilisé

Le compte personnel de formation (CPF) est un dispositif qui a remplacé en 2014 le Droit individuel à la formation (DIF). Par conséquentes, toutes les heures qui avaient été accumulées par les salariés du secteur privé sur le DIF pouvaient être transférées puis converties en heures CPF. Depuis 2019 et le passage d’un abondement en heure à un abondement en euros, les heures du DIF sont converties en euros. À ce titre, l’État avait publié une ordonnance Coquille pour rendre cela effectif.

Contrairement au CPF, le DIF n’est pas centralisé et chaque entreprise abonde les heures. Par conséquent, les salariés du secteur privé doivent prendre contact avec chacun de leurs employeurs afin de récupérer le solde d’heures disponible sur le DIF avant le 1er janvier 2015. Les employeurs ont comme obligation légale de transmettre cette information par courrier ou de l’intégrer sur la fiche de paie des salariés en décembre 2014 ou en janvier 2015.

Nombre de comptes en fonction des heures de Dif disponibles saisies et estimées
Nombre de comptes en fonction des heures de Dif disponibles saisies et estimées

 

Même si cette information est facile à trouver par les salariés du secteur privé et que la démarche a été considérablement simplifiée, car aucun justificatif n’est demandé aux salariés qui souhaitent renseigner leurs heures des DIF, près de 8 salariés sur 10 ne sont toujours pas passés à l’acte.

L’abondement en DIF constitue pourtant une différence de taille pour les salariés du secteur privé. En effet, la CDC a annoncé que cela permettrait de presque doubler les fonds disponibles sur les comptes des salariés (en passant de 1040 € à près de 2000 € avec abondement de DIF).

 

Quel est l’impact de ces différentes études sur les organismes de formation et formateurs indépendants ? Le premier élément est que ces derniers doivent s’adapter aux demandes des salariés du secteurs privé en privilégiant, quand cela est possible, des formations courtes (de moins de 100 heures).Avec la réforme de la formation professionnelle et la baisse des prises en charges des heures de formation, il est certain qu’une partie importante des cofinancements sera assurée par les salariés eux-mêmes. Cela est d’autant plus facile depuis le lancement d’une nouvelle application CPF « mon compte formation » qui permet d’autonomiser davantage les salariés puisque ces derniers peuvent acheter des heures de formation directement depuis leur smartphone.

Les entreprises quant à elles ont tout à intérêt à mettre en œuvre des politiques d’abondements actives pour leurs salariés et de trouver un terrain d’entente pour satisfaire les intérêts de toutes les parties communes. Même si le CPF ne peut constituer à lui seul un pilier central d’une politique de développement des compétences, il représente un levier important d’employabilité.

Titulaire d’un master 2 en communication digitale à l’INSEEC Paris, je me suis très vite spécialisée dans la rédaction de contenus optimisés et dans l’animation de communautés en ligne. Après avoir travaillé pour des acteurs IT et B2C, j’ai découvert le monde fascinant de la formation professionnelle et défini des stratégies marketing pour des organismes de formation. Sur Digiformag, je vous propose de décrypter et d’analyser les impacts de la réforme de la formation professionnelle sur les organismes de formation.

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