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Découvrez le p-learning : la nouvelle tendance de formation low tech qui fait fureur aux Etats-Unis

Depuis près d’un an maintenant, le e-learning s’est imposé dans tous les organismes de formation de France, qui maîtrisent désormais à merveille les concepts de “classe virtuelle”, d’“interactive learning”, ou encore de “serious games”. De l’autre côté de l’Atlantique en revanche, dans les universités cotées de Boston ou de Washington, un nouveau concept “low tech” a émergé : le p-learning.

S’affranchir des data center : le pari de la formation écologique.

Face aux applications de visioconférence très énergivores, certains formateurs, inquiets de leur empreinte carbone, ont essayé d’imaginer un format de classes virtuelles “low tech” c’est-à-dire se basant sur des technologies accessibles, faciles à prendre en main, économiques et peu complexes.

Comment ? “Nous avons décidé de nous passer d’intermédiaire, témoigne Ben Linette, professeur en nutrition à l’université d’Austin au Texas. Dans une formation classique, l’ordinateur est le média indispensable entre l’étudiant et l’enseignant. Nous avons simplement décidé de nous débarrasser des ordinateurs.”

Le concept clé autour du presential learning (ou p-learning) est donc simple à mettre en œuvre : plutôt que de réaliser des formations individualisées et indépendantes, les formateurs font le choix de réunir tous leurs élèves dans un même endroit pour mutualiser la formation. Pour Maeve Mutton, chercheuse au CNRS, on ne parle plus de “classe virtuelle” mais de “classe réelle”.

De nouveaux outils émergent déjà pour enrichir le p-learning

Tendance éphémère ou véritable évolution de la formation telle qu’on la connaît aujourd’hui ? En tout cas, le p-learning et ses adeptes ne sont pas sans ressources. Au Danemark par exemple, ou le p-learning connaît de nombreux adeptes, le Dr Norgberg a inventé un “materialized virtual board” : une sorte d’écran d’ordinateur tactile et non connecté avec lequel on peut interagir grâce à un stylet 3D et ainsi annoter des informations indispensables au cours.

Le Dr Norgberg présentant son prototype de materialized virtual board

Autre corollaire du p-learning, le macro-learning, qui consiste à former des élèves sur 7 heures d’affilée afin de favoriser l’immersion des apprenants. Si cette notion peut paraître étrange, les neurosciences ayant prouvé que le cerveau humain avait une capacité de concentration n’excédant pas les 20mn, des recherches récentes semblent indiquer le contraire : “Une journée de formation peut paraître barbare, affirme Claire Chulmon, docteure en neurosciences, mais en réalité, l’absence de mobilité permet de concentrer le potentiel mémoriel en soulageant l’oreille interne trop souvent source de déconcentration pour le cerveau en situation de mobilité. On parle alors de Static Learning.”

Les opposants au p-learning : la peur d’un manque de personnalisation

Alors, le p-learning, avenir de la formation ? La communauté des formateurs reste sceptique. “Mon inquiétude principale, témoigne Meryl Bigourt, formatrice en pâtisserie, c’est l’interactivité. En classe virtuelle, les apprenants se sentent en sécurité, il n’hésitent pas à poser leurs questions via le tchat, il savent qu’ils ne se mettent pas en danger. En classe réelle, j’aurais peur que les plus timides d’entre eux n’osent pas parler. Il est facile d’imaginer que le groupe va être pris en otage par quelques fortes têtes qui vont décider de l’ambiance générale de la formation.” Pour Hortense Ferrant, responsable d’un organisme de formation, le problème est plutôt administratif “Je sais que certains adeptes du p-learning privilégient les documents organiques plutôt que les interactions dématérialisées. J’ai peur que cela soit générateur de désorganisation au sein de mon entreprise. Imaginez par exemple que je fasse signer une convention imprimée, je risque de la perdre très rapidement !

Si le p-learning séduit, il faudra donc continuer à suivre cette façon de former pour le moins atypique : seul l’avenir nous permettra de savoir s’il s’agit d’un attrait temporaire des formateurs pour la nouveauté, ou s’il contient de véritables bonnes idées à appliquer dans nos formations quotidiennes. 

Après avoir accompagné les porteurs de projet du digital au sein d’un accélérateur de startups, je me suis tournée vers la rédaction de contenu… Et je suis entrée dans le monde de la formation professionnelle ! Aujourd’hui, je m’intéresse à la transformation du métier de formateur au travers de la révolution numérique.

7 Comments

  1. Article très intéressant et documenté, le p-learning semble être plus que novateur. Affaire à suivre, je suis en train de l’envisager pour mes futures formations en blended-training. Merci Jade

  2. J’avoue ne pas comprendre cette nouvelle mode du “présentiel”. Il me semble que l’Internet nous permet d’apprendre sans bouger de son fauteuil, quoi demander de plus ? Et en fait pourquoi apprendre, alors que pratiquement tout peut se trouver sur le Web ? On ferait mieux de développer le n-learning (no-learning). Plus de supports, plus non plus d’heures de cours, rien.

    1. Bonjour Serge,
      Merci pour ce retour, effectivement le “présentiel” semble bourré de contraintes, pourquoi s’embêter ?
      Votre intuition concernant le n-learning est extrêmement intéressante, nous ne manquerons pas de vous proposer une tribune sur Digiformag pour le 1er avril 2022 !
      A bientôt,

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