Le décret n° 2025-500 du 6 juin 2025 a modifié le cadre juridique de la certification professionnelle, en renforçant notamment les modalités de contrôle et de sanction des organismes certificateurs. Concrètement, France compétences peut réaliser des contrôles sur pièces, c’est-à-dire demander tout document ou information utile auprès des certificateurs pour vérifier le respect des engagements pris au moment de l’enregistrement de la certification et des obligations légales applicables. Ces contrôles peuvent être initiés par tiers mandatés et de manière inopinée, c’est-à-dire que France compétences peut déléguer ces contrôles et n’a pas besoin de prévenir en amont.
Le décret précise également les sanctions possibles en cas de manquements constatés :
- une mise en demeure de se mettre en conformité dans un délai fixé par France compétences (au moins 30 jours) ;
- à défaut de mise en conformité, la suppression des certifications concernées des répertoires nationaux (RNCP ou Répertoire spécifique) et, éventuellement, l’interdiction de présenter de nouveaux projets de certification ou habilitation pour une période pouvant aller jusqu’à deux ans.
Pour anticiper ces contrôles, les certificateurs doivent être en mesure de démontrer à tout moment que leurs pratiques sont conformes à leurs engagements et à la réglementation applicable. Voici donc un ensemble de bonnes pratiques et d’exemples de preuves pour vous aider à anticiper au mieux ces contrôles et vous y préparer.
Garantir l’adéquation entre l’offre pédagogique et le référentiel de la certification
Le certificateur doit être en mesure de démontrer que l’offre de formation préparant à la certification est strictement alignée avec les compétences décrites dans le référentiel visé, ni plus ni moins.
La communication commerciale (site internet, plaquettes, réseaux sociaux) doit respecter les règles applicables en matière de droit de la consommation, de qualité des actions de formation (référentiel national Qualiopi) et d’éligibilité au compte personnel de formation (CPF). À ce titre, les informations diffusées doivent être claires, exactes et non trompeuses. Par exemple l’intitulé de la formation préparant à la certification doit correspondre strictement à l’intitulé officiel de la certification visée ou, le cas échéant, à l’intitulé exact du bloc de compétences.
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Le certificateur doit également être en mesure de justifier de l’adéquation des moyens techniques, pédagogiques et d’encadrement mis en œuvre au regard des compétences visées pour tous les organismes dispensant la formation préparant au passage de la certification. Cela implique de démontrer que les équipements, outils, supports pédagogiques, environnements de formation et modalités d’accompagnement mobilisés permettent effectivement l’acquisition et l’évaluation des compétences attendues. Le certificateur doit également justifier de la qualification, de l’expérience et du rôle des intervenants impliqués dans le parcours de formation. L’ensemble de ces moyens doit être cohérent avec le niveau de maîtrise attendu, les situations professionnelles évaluées et les modalités définies dans le référentiel, et être formalisé, traçable et vérifiable dans le cadre d’un contrôle.
Exemples de preuves attendues :
- programmes de formation ou autre plaquette commerciale,
- tableau de correspondance parcours de formation – certification,
- procédures internes concernant les moyens techniques, pédagogiques et d’encadrement mis en œuvre.
Respecter scrupuleusement le référentiel d’évaluation de la certification
Le référentiel d’évaluation est un engagement contractuel du certificateur auprès de France compétences. Il doit être appliqué de manière systématique, le certificateur doit notamment démontrer :
- la vérification des prérequis définis pour l’accès à la certification,
- le respect des conditions de passage des épreuves (nature, durée, modalités, mesures d’accessibilité, seuils de réussite),
- une composition du jury conforme aux exigences prévues (nombre, compétences, indépendance),
- des procès-verbaux de jury conformes,
- la notification des résultats aux candidats, dans les délais annoncés, ainsi que la traçabilité de la transmission des parchemins de certification,
- la mise en application des procédures de recours, de réclamation et de traitement des dysfonctionnements.
Toute modification du dispositif d’évaluation, lorsqu’elle est possible, doit être tracée et justifiée.
Exemples de preuves attendues lors d’un contrôle France Compétences :
- règlement de certification à jour avec l’historique et la justification des modifications le cas échéant,
- dossiers candidats complets incluant : pièces d’identité, justificatifs de parcours, preuves de satisfaction des prérequis, consentement RGPD signé, éventuels aménagements mis en place sous présentation de justificatifs adaptés, documents remis lors du passage des épreuves le cas échéant.
- dossiers individuels des membres de jury comprenant : CV, justificatifs d’expérience, pièces administratives.
- calendrier des sessions d’examen,
- convocations aux épreuves des candidats et membres du jury,
- preuves de conformité des environnements d’examen (salles, plateformes visio, matériel éventuel),
- feuilles d’émargement ou signatures électroniques,
- PVs de jury datés et signés,
- courriers ou e-mails de notification des résultats,
- preuves de remise des parchemins (accusés de réception, émargements),
- rapports d’incident en cas de fraude, réclamation ou anomalie par rapport au règlement de certification.
Encadrer son réseau de partenaire
Le certificateur qui s’appuie sur un réseau de partenaires pour la préparation à la certification et/ou l’organisation des épreuves demeure pleinement responsable de la conformité du dispositif certificatif, quel que soit le niveau de délégation accordé. À ce titre, l’encadrement du réseau de partenaires constitue un point de vigilance majeur lors des contrôles.
Le certificateur doit mettre en place une procédure formalisée de sélection des partenaires, reposant sur des critères objectifs et vérifiables, notamment la capacité du partenaire à respecter le référentiel de la certification, les modalités d’évaluation, les exigences qualité applicables et les obligations réglementaires en vigueur.
L’habilitation des partenaires doit être encadrée par une convention de partenariat solide, précisant a minima le périmètre de l’habilitation (préparation, organisation des épreuves, ou les deux), sa durée, les conditions tarifaires, les engagements réciproques, les obligations en matière de qualité, de conformité réglementaire, de communication, de protection des données personnelles et de respect du règlement de la certification.
Au-delà de l’habilitation initiale, le certificateur doit assurer un pilotage actif et continu de son réseau, par la mise en place de contrôles réguliers, planifiés ou inopinés. Ces contrôles portent notamment sur le respect des modalités d’évaluation, la conformité des moyens pédagogiques et techniques mobilisés, ainsi que l’application des procédures qualité. En cas de manquement constaté, le certificateur doit être en mesure de déclencher des actions correctives proportionnées (mise en conformité, accompagnement, suspension temporaire) et, le cas échéant, de prononcer des sanctions formalisées, pouvant aller jusqu’au retrait de l’habilitation du partenaire. L’ensemble de ces décisions doit être tracé et justifié.
Enfin, l’encadrement du réseau implique un dialogue structuré et régulier avec les partenaires (bilans, indicateurs, remontées de dysfonctionnements, axes d’amélioration), afin d’inscrire la relation dans une logique de qualité, de maîtrise des risques et d’amélioration continue du dispositif de certification.
Exemples de preuves attendues :
- procédure formalisée de sélection et d’habilitation des partenaires,
- dossiers de candidature et décisions d’habilitation,
- conventions de partenariat signées et à jour,
- liste actualisée des partenaires habilités,
- traçabilité des sessions d’examen organisées par les partenaires,
- grilles d’évaluation et procès-verbaux de jury transmis au certificateur,
- comptes rendus de contrôles qualité (planifiés ou inopinés),
- bilans de suivi du partenariat et indicateurs de résultats,
- traces des actions correctives ou sanctions en cas de non-conformité.
Faire vivre sa certification à travers le conseil de perfectionnement
Le certificateur doit démontrer que la certification fait l’objet d’un pilotage actif et continu, et qu’elle n’est pas figée dans le temps. Le conseil de perfectionnement constitue, à ce titre, un levier structurant pour assurer la qualité, la pertinence et l’évolution du dispositif de certification.
Le conseil de perfectionnement permet d’organiser une analyse a minima annuelle des résultats de la certification, notamment au regard des indicateurs suivis : nombre de candidats, taux de réussite, taux d’abandon, données d’insertion professionnelle lorsque celles-ci sont disponibles, réclamations ou dysfonctionnements constatés. Ces éléments doivent être objectivés, comparés dans le temps et analysés afin d’identifier les points de vigilance et les axes de progrès.
Il joue également un rôle central dans la veille sur les évolutions des métiers, des compétences et du cadre réglementaire dans le but de vérifier en continu l’adéquation du référentiel avec les réalités professionnelles et les besoins du marché, et d’anticiper les évolutions nécessaires lors du prochain renouvellement.
Exemples de preuves attendues :
- PV de conseil de perfectionnement,
- plan d’actions d’amélioration et preuves associées.
1. Alignement pédagogique : Votre offre doit correspondre strictement au référentiel. Attention à la communication commerciale : l’intitulé doit être l’intitulé officiel, sans ambiguïté.
2. Rigueur de l’évaluation : Respectez à la lettre vos processus (jury, prérequis, émargements). Chaque certificat délivré doit être soutenu par un dossier candidat complet et traçable.
3. Pilotage du réseau de partenaires : Vous êtes responsable des fautes de vos partenaires. Vous devez prouver une sélection objective, des conventions solides et surtout des contrôles réguliers (audits) de leur activité.
4. Amélioration continue : La certification ne doit pas être “figée”. Le conseil de perfectionnement doit se réunir au moins une fois par an pour analyser les résultats et ajuster le dispositif.
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