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La pédagogie : un truc de littéraire ?

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Chroniques d’un Directeur Pédagogique – Épisode 6

Cet article s’inscrit dans le cadre des Chroniques d’un Directeur pédagogique. Cet épisode traite des préjugés tenaces sur les fonctions pédagogiques.
Il se base sur mon expérience, des ressentis personnels, des retours d’expérience, sans viser ni l’objectivité, ni l’exhaustivité.

Les « pédagos » : ces préjugés qui ont la vie dure

Ils sont là, parfois cachés au fond de leur bureau. Ils conçoivent.

Tels des Harry Potter contemporains, ils mélangent savoirs, méthodes et contraintes pour en faire de véritables expériences pédagogiques.
On ne comprend pas toujours ce qu’ils racontent.
Ils arrivent avec des mots étranges, presque incantatoires : andragogie, didactique, Kirkpatrick, métacognition

Ce sont un peu les geeks de la classe.
À la fois admirés et incompris.

« Mais de qui parle-t-on exactement ? »

Il existe un biais quand on travaille depuis longtemps dans le monde de la formation professionnelle.
Pour beaucoup de personnes extérieures au secteur, pédagogie = formateurs.

Et quelque part, c’est logique.
Ce sont eux que l’on voit.
Ceux qui sont face aux apprenants.
La partie émergée de l’iceberg.

Mais quand on travaille dans un organisme de formation, la pédagogie, ce n’est pas que ça.
Elle englobe aussi toutes celles et ceux qui conçoivent les parcours, les améliorent, les supervisent, les évaluent.
Celles et ceux qui accompagnent les stagiaires bien au-delà de la salle de formation.

L’iceberg pédagogique (version OF) :

  • Face visible : les formateurs, parfois les tuteurs ou superviseurs
  • Face immergée : ingénieurs pédagogiques, concepteurs, direction pédagogique, assistance technique et pédagogique

C’est d’ailleurs un sujet sur lequel j’avais déjà écrit un post, dans une version très personnelle :
Les fonctions dans un OF

Les fonctions dans un OF

Les fonctions dans un OF (version personnelle)

Pédagogique = littéraire ?

Le préjugé ne vient pas tant des parcours que du langage.

Dans un service pédagogique, on parle bien sur. Mais on écrit et on formalise énormément.
On produit des référentiels, des objectifs, des grilles, des matrices, des scénarios.
Et on met finalement beaucoup des formalisme là où d’autres métiers fonctionnent beaucoup à l’oral, à l’habitude ou à l’implicite.

Et dans un organisme de formation, celui qui met des mots devient vite « le littéraire ».

Le pédagogue est souvent celui qui questionne une pratique par le vocabulaire qu’il emploie en se référant aux objectifs pédagogiques, au référentiels de compétences ou au protocole de certification.

Un langage parfois perçu comme abstrait, jargonnant, voire déconnecté — non parce qu’il l’est, mais parce qu’il oblige à nommer ce qui, jusque-là, allait de soi.

Ce malentendu est renforcé par le fait que la pédagogie emprunte effectivement aux sciences humaines et sociales.
Mais emprunter un vocabulaire ne signifie pas s’enfermer dans une posture théorique.
Cela signifie outiller la réflexion.

Mettre des mots n’est pas un luxe 
Dans les organismes de formation, ce travail de formalisation est une nécessité réglementaire, qualité, parfois même juridique.
Il sert à rendre les parcours lisibles, finançables, évaluables, et certifiables.

La pédagogie joue alors un rôle de traducteur :

  • Traduire une expertise métier en parcours d’apprentissage,
  • Traduire des pratiques en dispositifs,
  • Traduire des intuitions en cadres partagés.

👉 Le problème n’est donc pas que la pédagogie serait trop littéraire.
Le problème, c’est que mettre des mots sur le travail dérange parfois plus que faire le travail lui-même.

Pédagogique = utopique ?

Autre préjugé bien ancré : les pédagos serait idéalistes.
Un peu hors-sol.
Toujours prompt à imaginer des dispositifs parfaits, sans jamais regarder les contraintes.

La réalité des organismes de formation est tout autre.

La pédagogie ne s’exerce que rarement « dans les règles de l’art » au sens théorique du terme.
Elle s’inscrit dans un contexte donné, avec un cadre précis :

  • un financement,
  • un prix de vente,
  • une durée,
  • un public,
  • des exigences qualité et des objectifs de rentabilité.

Chaque choix pédagogique a un coût :

  • du temps de conception,
  • du temps d’animation,
  • des outils,
  • des supports,
  • des ressources humaines.

Penser un parcours, ce n’est donc pas empiler des bonnes idées. C’est arbitrer.
Entre ce qui serait souhaitable pédagogiquement… et ce qui est soutenable économiquement.

Dans un organisme de formation, cette tension est permanente.
Certains rôles sont davantage centrés sur la construction de l’expérience apprenante.
D’autres, souvent au niveau de la maîtrise d’œuvre pédagogique,
doivent intégrer une dimension supplémentaire : la viabilité du dispositif dans le temps.

La réalité côté OF 
Un parcours pédagogiquement brillant mais économiquement intenable ne survivra pas longtemps.
Et un dispositif qui ne peut pas être reproduit, ajusté ou industrialisé devient vite un cas isolé.

La pédagogie n’est donc pas utopique. Elle est sous contrainte :
budget, modèle économique, volume, charge, planning.

👉 Le mythe de la pédagogie idéaliste masque une réalité bien plus exigeante : celle d’un métier qui compose en permanence avec le réel, loin des grands principes désincarnés, et au plus près des équilibres économiques des organismes de formation.

Pédagogique = pas technique ?

Dernier préjugé : la pédagogie serait éloignée des réalités techniques et opérationnelles.
Une affaire de concepts et de documents, faits par des gratte-papier.

Dans les faits, les fonctions pédagogiques en OF sont occupées par des profils très hybrides :

souvent passés au préalable par des métiers techniques, des fonctions d’expertise, ou des parcours de reconversion.

Opposer « pédagogique » et « technique » n’a donc que peu de sens.
Dans un OF, la pédagogie est rarement hors-sol : elle est ancrée dans les métiers, les contraintes opérationnelles, les référentiels, les outils et les publics.
Et si elle ne l’est pas, les OF ne tiennent en général pas longtemps. La réputation et la recommandation sont en effet plus que jamais des clés pour survivre et se développer. Et ca passe évidemment par la qualité et la crédibilité.

Pour conclure 
Réduire la pédagogie à une posture « littéraire » ou « théorique », c’est passer à côté de sa vraie nature en organisme de formation :
un espace de traduction entre expertise métier, exigences qualité et expérience apprenant.
Johann-Vidalenc- Digiformag Auteur

Johann Vidalenc

Je facilite la veille des acteurs de la formation depuis plusieurs années. Après des expériences multiples côté RH, puis au sein de 2 OPCO, j'accompagne désormais les organismes de formation sur les sujets de qualité, de certification professionnelle, de financements et de veille règlementaire sur le champ de la formation professionnelle.

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