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La question à 4 milliards : comment est financé l’apprentissage en 2026 ?

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Ce vendredi 6 mars, était publié le décret des aides à l’apprentissage 2026.
L’occasion parfaite pour prendre un peu de recul et se poser la question à 4 milliards : comment est financé l’apprentissage en 2026.

C’est à ce sujet, tant politique que budgétaire, que s’est attaqué, avec beaucoup de pédagogie, notre rédacteur Matthieu Guyot.

Cout de l’apprentissage en France : qui paye quoi ?

Le coût pour l’entreprise est composé de la rémunération de l’apprenti, des cotisations sociales, de l’éventuelle participation obligatoire, du reste à charge et des charges indirectes d’investissement (matériel informatique, formation du MA, …).

Le coût pour l’apprenti est aujourd’hui quasi nul, puisqu’il est illégal de lui facturer les frais de formation. Un projet de loi est justement débattu en ce moment au Sénat pour réguler l’enseignement supérieur privé, notamment la facturation des acomptes pour les apprentis.

Enfin, quand on parle du coût de formation pour un CFA, il s’agit de l’ensemble des charges nécessaires à la réalisation des actions de formations.

Erreur à ne pas commettre : confondre coût et prix.
Le prix de l’apprentissage est le montant décidé par le CFA et qui est facturé au financeur (OPCO, CNFPT) et éventuellement à l’employeur en cas de reste à charge.

Enfin, le niveau de prise en charge est le montant, défini conjointement par France Compétences et les branches professionnelles, versé par l’OPCO aux CFA à chaque contrat d’apprentissage. 

Le coût de l’apprentissage vu par les entreprises

Un système de financement pluriel, mais réel

Là aussi, il est important de commencer par rappeler que le financement de l’apprentissage en France repose en grande partie sur des contributions obligatoires des entreprises. Celles-ci versent notamment la taxe d’apprentissage (une fraction de leur masse salariale), qui sert à financer des formations professionnelles, y compris les formations en apprentissage. Plus exactement, c’est 87% de la taxe d’apprentissage qui est directement versé à France Compétences pour le financement de l’apprentissage.

Récemment, en juillet 2025 pour être précis, la loi a introduit une participation obligatoire de 750 € pour tout contrat d’apprentissage visant un diplôme de niveau bac + 3 ou plus. Cette somme est due par l’employeur quel que soit le niveau de prise en charge prévu par l’OPCO auquel il est rattaché.

À savoir : ce montant peut être proratisé en cas de rupture pendant la période probatoire, et réduit en cas de signature d’un nouveau contrat après une rupture.

A cela s’ajoute l’éventuel reste à charge qui, au vu des tendances des NPEC ces dernières années, ne peut qu’augmenter pour les futurs contrats. Ces premiers éléments montrent que, contrairement à certaines idées reçues, l’apprentissage n’est pas totalement, et n’a jamais été, gratuit pour les entreprises.

Aides et incitations : atténuer le coût de l’apprentissage

Pour soutenir l’embauche d’apprentis, l’État verse des aides financières.
Le décret du 6 mars prévoit ceci pour 2026 :

Pour les entreprises de moins de 250 salariés :

  • 5000€ jusqu’au niveau 4 (bac)
  • 4500€ pour le niveau 5 (BTS)
  • 2000€ au-delà

Pour les entreprises de 250 salariés et plus :

  • 2000€ jusqu’au niveau 4 (bac)
  • 1500€ pour le niveau 5 (BTS)
  • 750€ au-delà

Ces aides couvrent de moins en moins les coûts salariaux et de formation. Elles s’inscrivent donc dans une logique d’incitation plutôt que d’exonération totale.

Conséquences du coût de l’apprentissage sur les choix des entreprises

Pour de nombreuses entreprises, ce coût et ces aides influencent directement des décisions concrètes.

La première d’entre elles est sûrement l’arbitrage entre l’apprentissage et les autres modes de recrutement.
Selon la charge administrative et financière perçue, certaines entreprises peuvent hésiter entre l’apprentissage, stage étudiants, ou un recrutement direct. C’est ici que les CFA doivent défendre l’intérêt de l’apprentissage au-delà de l’aspect financier.

C’est d’ailleurs une autre décision d’entreprise impactée par le coût de l’apprentissage, le choix du CFA. Il semble de moins en moins probable qu’un employeur recrute un apprenti sans se poser la question du CFA dans lequel il est inscrit.

– Un CFA avec un reste à charge plus élevé devra justifier de services complémentaires pour rester attractif.
– Un CFA proposant un diplôme avec un NPEC défendu par la branche pourra argumenter sur l’adéquation entre le contenu de sa formation et les besoins réels des entreprises (en attendant les bouquets de certifications en tout cas). 

À ce stade, ce n’est pas une question d’opinion, mais une observation fréquente dans les pratiques des employeurs : le coût (ou au moins la perception qu’on en a) est un élément de décision réel.

Le coût de l’apprentissage sur les entreprises les pousserait à améliorer leur process de recrutement et de formation, chaque erreur de casting, chaque rupture, ayant un impact financier plus important. Si ce lien ne peut pas totalement être nié, c’est à mon sens dangereux d’en faire un argument majeur, car il pourrait vite être retourné contre les apprentis. 

La gratuité de l’apprentissage pour l’apprenti : une limite sacro-sainte

La gratuité pour l’apprenti : un principe fondamental

En France, l’un des principes du contrat d’apprentissage est que la formation elle-même est gratuite pour l’apprenti, et qu’il perçoit un salaire pendant sa formation. C’est un élément central du modèle d’alternance. Il ouvre l’accès à une qualification sans que l’apprenant n’ait à en supporter le coût financier direct.

Ce principe vise à garantir l’égalité d’accès à la qualification, indépendamment de l’origine sociale ou de la situation économique du jeune. C’est un facteur de diversité, de mixité, et plusieurs études et enquêtes ont démontré que l’apprentissage permettait à des jeunes d’accéder à des études supérieures.

Cette gratuité est toutefois déjà à remettre en question au regard de la réalité.

Entre les frais de mobilité et de logement inhérents à l’alternance, les apprentis supportent déjà des charges importantes. A celles-ci peuvent s’ajouter des frais facturés par les écoles. Nous avons rappelé plus haut le principe de gratuité de l’apprentissage. Pourtant, certains apprentis sont facturés de frais divers et variés, parfois justifiés, et parfois totalement abusifs. Ce coût de l’apprentissage pour l’apprenti, et ce principe de gratuité, revient dans les débats en cette période de crise du financement.

L’observation d’un débat émergent

Dans certaines écoles ou réseaux de formation, un débat commence à émerger sous une forme qui se veut pragmatique : « les apprentis ne payent pas, donc ils ne sont pas suffisamment investis ». Certains acteurs s’interrogent sur l’impact du principe de gratuité sur la motivation ou l’engagement perçu.

Après tout, si on défend l’idée qu’une entreprise est engagée quand elle supporte le coût, et qu’on pointe du doigt le désengagement des apprentis, ne serait-il pas logique de réclamer un engagement financier à l’apprenti ?

Pardonnez-moi, je vais prendre position : Non !

Il est important de rappeler deux points.

  1. La gratuité du financement pour l’apprenti n’est pas qu’un principe juridique. C’est également un principe social fort du contrat d’apprentissage. Il favorise la mixité et la diversité dans les parcours de formation.
  2. L’engagement de l’apprenant dépend d’une multitude de facteurs pédagogiques, relationnels, et organisationnels.

Le débat de l’engagement ne peut pas se résumer à « plus on paye, plus on s’investit ». 

Une question de perception, pas de causalité automatique

Il est tentant de penser que l’absence de prix payant par l’apprenti diminue sa perception de valeur. Or, plusieurs éléments contredisent cette interprétation :

  • L’investissement d’un apprenti peut dépendre de la qualité de l’accompagnement pédagogique et de l’adéquation entre le projet professionnel et la formation ;
  • L’engagement peut également être lié aux perspectives d’insertion professionnelle plutôt qu’au prix payé.

Se poser la question des enjeux de l’apprenti, et de la réponse apportée par le CFA, semble plus pertinent que de se contenter d’une réponse financière. C’est d’ailleurs un parallèle à faire avec les entreprises. L’offre de services du CFA, en adéquation avec les attentes des employeurs, sera un argument plus fort que le montant du reste à charge.

Dépasser le mythe du prix comme unique indicateur de valeur

Poser la question du coût de l’apprentissage, c’est d’abord accepter que les entreprises ne sont pas indifférentes à ce qu’elles financent, que ce soit par la taxe d’apprentissage, par des contributions nouvelles, ou par le reste à charge qu’elles assument. Cette réalité influence des arbitrages concrets dans leur stratégie d’alternance, et les CFA ne peuvent pas l’ignorer s’ils souhaitent poursuivre leur développement, ou au moins se maintenir.

À l’inverse, la gratuité pour l’apprenti reste un principe social fort, et son abolition ne saurait être utilisée seule pour jauger de l’engagement de l’apprenti ou de la valeur d’une formation. 

Conclusion :

En définitive, la valeur perçue de l’apprentissage est plurielle. Elle se construit à travers l’accompagnement pédagogique, les relations professionnelles, les perspectives d’avenir, et aussi, mais pas uniquement, par la manière dont il est financé par, et pour, chacun des acteurs.

Mathieu Guyot

Ancien responsable développement de CFA et référent juridique, j’ai créé MGA en 2021 afin de simplifier l’apprentissage pour tous. Avec mon équipe, nous accompagnons, formons et informons nos clients CFA sur toutes les règles de l’apprentissage.

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