Rencontre avec Gwenael Masson, formateur et podcasteur

Gwenael Masson, formateur passionné de pédagogie active, a récemment lancé le podcast “Les Brèves pédagogiques” pour partager ses pratiques.
Au-delà de ses objectifs initiaux de veille et de partage, il a constaté que ce format renforçait de manière inattendue sa crédibilité.
Pascale Lagahe l’a interrogé sur ses choix de format, ses outils de production, son approche de l’authenticité et l’utilisation de l’IA pour révolutionner la post-formation.
Pascale Lagahe (PL) : Tu as lancé récemment ton premier podcast mais je sais que c’est un projet que tu as longtemps maturé.
Gwenael Masson (GM) : J’avais cette idée depuis longtemps. Je n’ai jamais été un grand consommateur de podcast mais après avoir été interviewé pour un autre podcast, j’ai trouvé ce format audio très intéressant. Il ne me manquait que l’angle pour me lancer !
PL : Comment as-tu réussi à trouver ta ligne édito ?
GM : L’essentiel pour moi était la notion de partage des pratiques pédagogiques, notamment la pédagogie active, pour répondre aux besoins de veille des formateurs. Je voulais un podcast “utile”. L’angle s’est finalement imposé petit à petit en observant mes publications régulières sur Linkedin, j’avais une thématique récurrente qui revenait : la pédagogie, ce qui m’a permis de capitaliser mon travail écrit en contenu oral et de le diffuser à d’autres personnes.
PL : Quel format et quel rythme as-tu choisi pour assurer la pérennité du projet ?
GM : J’ai opté pour un mix. Je privilégie des formats courts de 5 minutes pour les épisodes réguliers. L’idée est de pouvoir aussi utiliser ces formats courts comme contenu dans mes formations de formateur. Je me suis aussi dit que tous les cinq épisodes, je proposerais un format long sous forme d’interview pour mettre d’autres personnes à l’honneur et apprendre de mes pairs.
Le rythme est d’une diffusion tous les 15 jours, en dehors des vacances scolaires. C’était crucial pour coller à mon calendrier et ne pas me mettre de pression. Si l’on veut durer dans le temps, il faut que ce soit réaliste.
PL : Quel conseil donnerais-tu à ceux qui veulent se lancer ?
GM : Le meilleur conseil est d’avoir des épisodes d’avance. J’en avais enregistré sept avant de commencer la diffusion, ce qui permet de s’organiser et d’éviter la pression de la création continue. Je me prends des petites périodes sur une journée pour enregistrer plusieurs épisodes et interviews en une seule fois.
PL : Peux-tu nous donner un aperçu des outils que tu utilises ?
GM : Pour la qualité du son, j’ai investi dans un micro unidirectionnel de marque Shure, réputé chez les podcasteurs. Cela capte vraiment le son de face et évite les bruits parasites. Pour les interviews à distance, j’utilise Zoom, qui permet d’enregistrer chaque voix sur une piste différente, facilitant le montage et le réglage des niveaux.
Pour le montage, j’utilise GarageBand, fourni avec le matériel Apple, car il est simple pour l’édition et l’exportation en MP3. Enfin, je diffuse via Spotify for Creators, une plateforme gratuite qui permet de programmer l’épisode et de le diffuser automatiquement sur toutes les autres plateformes comme Deezer, Apple Podcast, Amazon Podcast et YouTube.
PL : Tu as naturellement une voix “de radio”. As-tu tout de même eu besoin de travailler ta voix et ta posture lors de l’enregistrement ?
GM : Je n’ai jamais travaillé ma voix et je ne cherche surtout pas à la modifier. Je crois que l’un des conseils principaux est de rester naturel et de ne pas surjouer l’enthousiasme ou la tranquillité, car cela se ressent et peut faire perdre en authenticité. J’essaie de parler comme si je m’adressais à quelqu’un en face, comme dans un contexte de formation. C’est la posture la plus confortable pour moi et elle garantit un discours authentique. J’enregistre d’ailleurs debout, car c’est ma posture habituelle de formateur, celle dans laquelle je suis le plus à l’aise.
PL : En parlant de temps, combien de temps te prend la réalisation d’un épisode ?
GM : Le plus long, c’est l’écriture du script, la thématique et la rédaction, qui prend environ 30 minutes à une heure pour un épisode court. Hors script, l’enregistrement et la diffusion d’un épisode court prennent environ 20 à 30 minutes. Au total, pour un épisode court, c’est entre 1h et 2h. Pour les interviews (environ 40 minutes d’enregistrement), il faut compter plus, environ 3 à 4 heures, surtout à cause du temps de montage pour que tout soit le plus net et agréable possible à l’écoute.
PL : Au-delà du plaisir que tu prends à partager tes conseils, quel autre bénéfice t’a offert ce format ?
GM : Sans hésiter, de la crédibilité ! Les clients ou responsables de formation qui m’écoutent se disent que je suis un formateur sérieux qui produit du contenu de qualité, dans un discours qui n’est pas commercial. Ils ont l’impression de me connaître et le discours commercial n’est même plus nécessaire : les gens sont déjà convaincus. Mes interlocuteurs entendent le fond, le contenu de ce que je partage et lorsqu’ils me contactent, ils savent pourquoi, c’est-à-dire qu’ils me choisissent.
PL : On parlait de la construction d’une image de marque personnelle (personal branding) sur LinkedIn. Le podcast est-il un point de départ ou un accélérateur ?
GM : Je pense qu’il est préférable d’avoir déjà construit une base solide sur LinkedIn pendant un ou deux ans. Le podcast est perçu comme une “cerise sur le gâteau” qui ajoute de la crédibilité à une image déjà établie, plutôt que comme un point de départ pour la visibilité. Mais surtout, je pense que l’intention doit toujours être de partager, pas de chercher à vendre ou de faire sa propre promotion dans le podcast, car cela serait malvenu et ferait perdre en authenticité.
PL : Tu as déjà diffusé 12 épisodes pour un total de 2000 écoutes à ce jour. Le maintien de la diffusion est-il un enjeu ?
GM : C’est un point crucial : il faut persévérer au-delà du 12eme épisode, car la plupart des podcasteurs s’arrêtent à ce stade. C’est un véritable seuil de réussite.
Je suis surpris moi-même de ces chiffres et je me réjouis de savoir que ce podcast trouve son public. Oui le maintien est important pour moi pour continuer à partager auprès d’un public de plus en plus important sur ce sujet de la pédagogie qui me tient à coeur.
PL : Quel serait ton ultime conseil pour les formateurs qui aimeraient se lancer ?
GM : Se faire plaisir en partageant, avec l’intention de donner et non de vouloir gagner quelque chose personnellement. C’est une notion de générosité : il ne faut pas chercher à vendre, mais à partager du contenu pour que les auditeur·rice·s se disent “chouette, j’ai quelque chose à apprendre”.
À retenir : Les clés pour lancer son podcast de formateur
L’expérience de Gwenael Masson avec “Les Brèves pédagogiques” nous livre des enseignements précieux pour transformer un projet audio en levier de crédibilité.
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La stratégie du contenu “recyclé” :
Ne partez pas d’une feuille blanche. Utilisez vos publications LinkedIn ou vos supports de formation pour définir votre ligne éditoriale.
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Le format hybride :
Privilégiez des épisodes courts (5 min) pour la régularité et l’usage pédagogique, entrecoupés d’interviews longues pour nourrir votre réseau.
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La règle d’or de la sérénité :
Enregistrez toujours plusieurs épisodes d’avance (le “stock de sécurité”) pour tenir votre rythme sans stress.
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L’authenticité avant la technique :
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Posture : Enregistrez debout pour garder votre énergie de formateur.
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Voix : Restez naturel, sans surjouer.
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Matériel : Un micro unidirectionnel (type Shure) suffit pour garantir une immersion sonore professionnelle.
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Le “Cercle Vertueux” de la crédibilité :
Le podcast ne sert pas à vendre, mais à démontrer votre expertise. C’est un puissant accélérateur de personal branding qui transforme vos prospects en convaincus avant même le premier contact commercial.
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Le cap des 12 épisodes :
La persévérance est la clé. Dépasser le douzième épisode est souvent le seuil qui distingue les projets éphémères des succès durables.
Le saviez-vous ? :
Les statistiques de l’industrie du podcast montrent que 44 % des podcasts ne dépassent pas le cap des 3 épisodes, et seuls 8 à 10 % parviennent à franchir le seuil des 10 épisodes, un phénomène appelé “podfading”. Franchir ce cap est donc techniquement le signe que vous avez validé votre processus de création, et votre audience ! Source : Riverside.fm : “Podcast Statistics and Trends for 2026“.
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Le conseil bonus :
L’intention doit rester la générosité. Partagez pour être utile, et la visibilité viendra d’elle-même.