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Un million d’apprentis en 2027 : et après ?

Sommaire

Jamais l’objectif du million d’apprentis n’a paru si proche. On assiste, en effet, à une progression continue du nombre de contrats signés depuis la réforme de la formation professionnelle de 2018.

Avec un bilan de 860 000 entrées en apprentissage espérées pour fin 2022, le dispositif continue d’avoir le vent en poupe. Pour autant, les incertitudes économiques, budgétaires ou légales pourraient bien rendre l’atteinte de cet objectif plus difficile que prévu.

D’ailleurs, cet objectif, même atteint, signifierait-il pour autant une victoire totale sur la problématique d’insertion des jeunes ?

On fait le point.

Une croissance continue, mais qui pourrait prochainement marquer le pas

Avec plus de 730 000 contrats signés en 2021 et une augmentation des effectifs de plus de 82 % entre 2016 et 2022, le boom de l’apprentissage est indiscutable.

Cette croissance s’explique par les effets combinés de : 

  • la réforme de 2018, qui a libéralisé l’ouverture de centres de formation d’apprentis (CFA)  et élargi l’apprentissage aux 26-29 ans, créant une augmentation parallèle de l’offre et la demande ;
  • la mise en place d’aides exceptionnelles pour l’embauche d’apprentis en réponse à la crise sanitaire : 5 000 euros pour un mineur et 8 000 euros pour un majeur.

Evolution des contrats d'apprentissage

Source : Observatoire de l’alternance – octobre 2022

Pourtant, cette dynamique est désormais portée majoritairement par les diplômes du supérieur. En effet, elle ne profite que peu aux formations techniques infra-bac, mettant en relief une forme de “croissance à deux vitesses” de l’apprentissage.

Les diplômes du supérieur tirent la croissance de l’apprentissage

Entre 2018 et 2021, la croissance des contrats signés est portée à 75 % par des formations de niveau bac +2 ou plus. Ces formations représentent dorénavant 60 % des contrats d’apprentissage privés contre 40 % en 2018.

De manière mécanique, les mineurs qui représentaient plus d’un tiers des apprentis (37 %) en 2018, ne sont plus responsables que de 19 % des nouveaux contrats signés en 2021.

Répartition des effectifs en apprentissage selon le diplôme préparé

Source : Observatoire de l’alternance – octobre 2022

Une dynamique maintenue en partie par l’anticipation de future restrictions budgétaires

Le nombre de contrats devrait continuer à progresser en 2022 pour atteindre les 860 000 contrats. Cette hausse attendue par l’exécutif serait de 18 % par rapport à l’année précédente. Certes significative, cette progression semble en partie due à des effets d’anticipation liées à la baisse de certains coûts contrats (intervenues en septembre dernier) et celle, annoncée, des aides au recrutement d’apprentis à partir de 2023.

Cela pourrait signifier une moindre attractivité de l’apprentissage en 2023. Cette crainte est d’autant plus prégnante avec un contexte économique extrêmement incertain dans les mois à venir.

Des aides maintenues, mais en baisse pour 2023

Si les aides exceptionnelles au recrutement d’apprentis ont été maintenues en 2022, cela sera également le cas en 2023 suite à l’adoption du dernier projet de loi finance et des dernières annonces du Ministre du travail, Olivier DUSOPT en date du 01/12/2022.

Toutefois, celles-ci vont diminuer et inciter davantage à l’embauche des niveaux bac et infra-bac. Ainsi, les aides vont passer à 6 000 euros, pour les apprentis de moins de 30 ans. Cette décision aura également pour effet de réduire l’effet d’aubaine sur les diplômes du supérieur (dont l’aide est de 8000 euros jusqu’à la fin d’année) et de faire baisser le poids global que représentent ces aides.

Maintenir le système à flot : un enjeu crucial

Cette réduction annoncée des aides à l’apprentissage s’inscrit dans une ambition plus large. Il s’agit en effet de réduire le déficit structurel de France compétences et l’investissement de l’État dans la formation. On retrouve également cette volonté sur le dispositif du CPF par exemple.

Cette baisse est combinée avec la réduction des coûts contrats de 5 % en moyenne prononcée en 2022. Elle sera suivie d’une baisse équivalente prévue en avril 2023. Ces mesures doivent permettre de sécuriser le dispositif pour qu’il soit soutenable à terme.

Faciliter l’apprentissage pour les métiers en tension et émergents

Aujourd’hui, l’apprentissage constitue une des voies préférentielles pour s’insérer professionnellement et durablement. Malheureusement, celui-ci trouve difficilement écho sur certains métiers en tension. Ces derniers constituent des métiers en forte demande, mais avec une carence de profils qualifiés. On peut citer parmi eux le médical, le BTP, l’industrie, ou encore le transport qui peinent à attirer les apprentis.

Les raisons sont multiples : manque d’information, problème d’attrait et pénibilité de la profession, mais également difficulté à mettre en place de manière opérationnelle l’apprentissage dans certains secteurs ou sur certaines fonctions.

Par ailleurs, l’autre enjeu est d’orienter les apprentis vers les métiers émergents (ceux liés au numérique ou à la transition écologique par exemple). La problématique est ici différente, puisque ces métiers font souvent face à une carence d’offre de formation. C’est la raison pour laquelle France compétences a mis en place une procédure simplifiée. Celle-ci permet d’accélérer le dépôt de nouvelles certifications professionnelles sur ces métiers. Elle permet notamment pour le futur certificateur de ne pas avoir à justifier d’un historique de 2 promotions, condition impérative pour un dépôt classique d’une certification au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP).

1 million d’apprentis : et après ?

Si l’objectif fixé par l’exécutif semble atteignable d’ici à 2027, il n’est pas une fin en soi.

D’abord, parce que son développement n’est pas sans risque. Il reste également difficile de dire aujourd’hui si le développement de l’apprentissage est lié à un effet d’aubaine ou à un réel changement de mentalité des entreprises qui miseraient sur l’apprentissage pour anticiper leurs futurs besoins en compétences.

Certains témoignages relatent par exemple des sociétés comportant dans leurs effectifs parfois plus de 80 % d’apprentis. Ces derniers se substituent donc à des véritables emplois pérennes. Ils font également craindre un encadrement des apprentis pas à la hauteur de la part de l’entreprise accueillante.

Si cet exemple est extrême – sans être un cas isolé – la réalité se situe sans doute dans un entre-deux.

Pour avoir une vision un peu plus complète, il faut regarder du côté des taux d’abandon de contrat d’apprentissage et d’obtention des diplômes visés par les contrats. En clair : la croissance de l’apprentissage ne se fait-elle pas au détriment de la qualité du choix d’orientation ?

Pour 2021, ce taux de rupture atteignait les 28 % en moyenne, avec des taux pouvant dépasser les 50 % pour certains CAP et Bac professionnels (source : inserjeunes), ce qui tend à relativiser la croissance du dispositif.

Enfin, soulignons que le million d’apprentis représente en fait plusieurs réalités. D’un côté, un apprentissage technique visant à la maîtrise d’un savoir-faire et d’un métier. De l’autre, des étudiants en Licence ou Master qui ont vocation à occuper des postes à responsabilité et dont le savoir-faire sera essentiellement forgé par leurs futures expériences en entreprise. La méthodologie d’apprentissage et la finalité professionnelle sont donc différentes.

L’apprentissage reste la meilleure voie d’insertion, mais elle ne peut pas tout faire

Les apprentis sont deux fois plus nombreux (56 %) à obtenir un CDI dans les 7 mois qui suivent l’obtention de leur diplôme que ceux ayant suivi une voie d’étude “classique” (Source : Repères et références statistiques 2021, DEPP).

Ils sont même 80 % si on compte ceux ayant obtenu un CDD.  Ces très bons résultats font donc de l’apprentissage un formidable tremplin vers l’emploi.

Pour autant, le taux de chômage des jeunes demeure largement supérieur (17,8 %) à celui de l’ensemble de la population active (7,4 %), selon le dernier rapport de l’INSEE. L’apprentissage n’est donc pas la solution miracle à l’insertion des jeunes dans leur ensemble.

La réussite de l’apprentissage peut aussi se mesurer par sa capacité à faire raccrocher des individus éloignés des études et de la vie active. Des dispositifs comme “prépa-apprentissage”, le mentorat ou le programme 1jeune1solution, sont à ce titre porteurs d’espoir pour y parvenir.

Pour finir, un changement de mentalité est sans doute nécessaire de la part de certains employeurs. Oser davantage donner la chance à de jeunes recrues est un changement culturel qui peut prendre du temps. 

Pour autant, la vraie mesure de la réussite d’une politique de l’insertion consistera sans doute à faire s’aligner ces trois composantes :

  • Besoins en compétences des entreprises
  • Formations certifiantes proposées sur le marché
  • Aspiration professionnelle des individus.

Vaste programme !

 

 

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