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Pourquoi le coup d’arrêt du CPF s’annonce-t-il durable ?

pourquoi le coup d'arrêt du cpf s'annonce-t-il durable ?

Le Compte personnel de formation (CPF) a connu une croissance record au cours des trois dernières années qui en ont fait un des dispositifs les plus connus par les actifs français.

Le nombre de dossiers financés via Mon Compte Formation (MCF) s’établit ainsi à plus de 2,3 millions sur la seule année 2021, un chiffre qui double chaque année depuis 2019.

Pourtant, cette croissance à trois chiffres appartiendra très prochainement au passé. Pire, le volume de dossiers financés pourrait stagner, voire diminuer au cours des mois et des années à venir. 

Explications.

Stagnation des dossiers financés

Le premier signal d’alerte vient de la Caisse des dépôts et des consignations (CDC) elle-même, via son portail open data. Ainsi, pour la première fois depuis le lancement de Mon Compte Formation, le nombre de dossiers financés stagne. Il s’établit à 1,2 million sur le 1er semestre 2022, un chiffre similaire à celui du premier semestre 2021. 

Par ailleurs, la durée moyenne des formations ne cesse de baisser (92 heures en 2020, 86 en 2021 et 71 en 2022), preuve que la stagnation du nombre de dossiers n’est pas liée au financement de formations plus longues.

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Source : Portail Open Data de la Caisse des dépôts et des consignations

La crise sanitaire : un effet accélération-décélération sur le CPF

La première explication est conjoncturelle et liée au contexte sanitaire depuis 2020. La croissance du CPF a été portée par cette situation particulière à travers plusieurs aspects :

  • Un temps libre accru lié à la mise en activité partielle de nombreux salariés ;
  • L’accélération du souhait de changement de carrière (dont le phénomène de “grande démission”  est la face visible) ;
  • Le développement de la formation à distance qui a accompagné le développement du télétravail et répondu aux besoins de disponibilité immédiate de contenus (un pic a été atteint en 2021 avec 50 % des dossiers financés sur une modalité distancielle).

Cependant, à l’heure actuelle, une grande partie des processus de reconversion a déjà été entamée ou réalisée : en clair, ceux qui étaient les plus prompts à se former ou se reconvertir sont passés à l’action. Avec la reprise d’activité des entreprises et une baisse du temps libre disponible pour les actifs, il est logique que la formation via le CPF perde de sa dynamique, même s’il reste à un niveau historiquement haut.

Les arnaques : un mauvais coup de pub

C’est le paradoxe : le CPF a connu une grande exposition médiatique au cours des derniers mois qui l’a fait connaître du grand public, tout en décrédibilisant le dispositif.

En effet, les arnaques au CPF se sont multipliées, certains organismes peu scrupuleux ayant été attirés par la manne financière que le CPF représente (un peu plus de 3 milliards d’euros financés sur 2021 !). Il a été difficile d’échapper à ces agissements, qui peuvent prendre les formes suivantes :

  • harcèlement téléphonique ;
  • siphonnage du compte CPF ;
  • facturation de fausses formations ;
  • matériel offert aux stagiaires en guise de cashback 
  • publicité mensongère ;
  • usage abusif de certains codes CPF libres (création et reprise d’entreprise, VAE, bilan de compétences…).

Dès lors, la méfiance s’est installée, et le CPF, malgré la lutte anti-fraudes soutenue de la CDC, reste associé à ce type d’agissements, ce qui peut expliquer la frilosité de nombreux actifs pour passer à l’action.

La réduction de l’offre certifiante 

L’offre certifiante a également connu un brusque coup de frein en 2022, lié à 2 facteurs cumulatifs :

  • L’échéance de nombreuses certifications au 31 décembre 2021.
  • Des exigences plus fortes pour faire enregistrer une certification professionnelle auprès de France compétences (environ 30 % d’acceptation d’enregistrement au répertoire spécifique, contre 80 % avant 2019). Ces nouvelles contraintes sont liées à des enjeux de qualité et de valeur marché des certifications pour les bénéficiaires. Elles sont également très liées aux contraintes financières qui pèsent sur la formation professionnelle (voir ci-dessous).

L’effet a été immédiat, puisqu’il a eu pour conséquence de réduire la diversité des thématiques éligibles au CPF (notamment sur les compétences transversales et soft skills) et contribue en partie à expliquer la stagnation des demandes CPF en 2022.

Un déficit structurel qui ne devrait pas améliorer les choses

Depuis sa création en 2019, le montant qui est reversé à France compétences (les contributions obligatoires des entreprises) est inférieur aux besoins du système pour financer la formation professionnelle. 

Trois dispositifs pèsent lourdement dans ce budget : 

  • l’apprentissage, 
  • le plan d’investissement compétences (PIC),
  • le CPF.

À eux trois, ils représentent un besoin de financement estimé à environ 9 milliards d’euros pour 2022, soit l’intégralité des contributions des entreprises, et cela, sans compter le financement des autres dispositifs (plan de développement des compétences des entreprises de moins de 50 salariés, projet de transition professionnelle, CEP…).

L’apprentissage étant considéré comme une priorité nationale (malgré une baisse récente des coûts-contrats), et le PIC disposant d’un budget sanctuarisé, une des variables d’ajustement est le budget consacré au CPF. 

Plusieurs pistes sont actuellement à l’étude, dont certaines issues des rapports de la Cour des comptes et du Sénat. Certaines sont drastiques, comme l’inéligibilité de certaines thématiques au CPF (bureautique, langues ou permis B). D’autres conditionnent le financement à une finalité professionnelle de la formation (avec le suivi d’un CEP en amont). Un système de reste à charge pour le stagiaire sur certaines thématiques, considérées comme les moins professionnalisantes, est également envisagé.

Le cofinancement pour sauver le CPF

Finalement, une des portes de secours qui pourrait s’ouvrir au CPF est le développement du cofinancement, qui permettrait d’accroître les ressources disponibles et porter la dynamique du CPF. Son principe : un acteur privé ou institutionnel vient augmenter le budget disponible de l’actif afin de lui permettre de concrétiser sa formation.

C’est le cas par exemple de :

  • L’employeur : l’abondement peut être réalisé au cas par cas ou prévu dans un accord CPF. Plus de 190 millions d’euros ont déjà été versés dans ce cadre aux  salariés depuis 2019.
  • Pôle emploi : environ 1/3 des bénéficiaires du CPF sont des demandeurs d’emploi, ce qui s’explique par la demande d’utilisation systématique des droits CPF du demandeur d’emploi (s’il en dispose).
  • Les branches professionnelles : une dizaine pratiquent l’abondement actuellement, sous réserve de certains critères (thématiques, publics cibles, types d’emploi …). C’est le cas par exemple de la branche des bureaux d’études ou de la mutualité.
  • L’AGEFIPH : tous les travailleurs et demandeurs d’emploi reconnus en situation de handicap peuvent en faire la demande, mais le cofinancement vise les formations relatives aux « métiers porteurs d’insertion professionnelle ».

Il est à noter que l’individu peut également compléter le reste à charge de sa formation en cas d’insuffisance de droits CPF. C’est actuellement le cas dans près d’une demande sur 10 (8 %), avec un complément moyen de 389 euros par formation. 

Johann Vidalenc

Après avoir travaillé dans des fonctions RH, puis au sein de 2 OPCO, j’accompagne désormais les organismes de formation sur les sujets de qualité, de certification professionnelle, de financements et de veille règlementaire sur le champ de la formation professionnelle. Résolument tourné vers l’opérationnel et les solutions concrètes, je cherche avant tout à rendre accessible au plus grand nombre l’actualité de la formation.

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