Beaucoup d’organismes de formation pensent être prêts à accueillir une personne en situation de handicap (PSH) parce qu’ils ont nommé un référent handicap et rédigé une politique dédiée. Pourtant, sur le terrain, les situations de handicap ne se présentent pas toujours comme prévu. Elles peuvent être invisibles, non déclarées ou apparaître en cours de parcours. La question n’est donc pas de tout anticiper, mais de créer les conditions permettant à chacun d’apprendre dans les meilleures conditions et de définir avec eux leur idéal d’apprentissage.
En formation, le handicap peut être déclaré à tout moment.
La politique d’accueil de PSH est rédigée, validée par votre direction et transmise aux équipes pédagogiques concernées et paf, un apprenant arrive en cours de formation pour vous faire part de son handicap et là comment faire ? Car en effet, sur le papier on a mis en place une procédure mais en réalité, une personne en situation de handicap peut déclarer son handicap quand il le souhaite et voire ne pas en parler.
Pourquoi ? Car, certains n’osent pas en parler :
- Par peur de la réaction des équipes pédagogiques,
- Par peur du regard des autres, d’être perçue comme une PSH et pas simplement comme une personne, d’être perçue comme étant moins compétente,
- Parce qu’ils sont en attente de la reconnaissance officielle par la MDPH,
- Parce qu’ils estiment qu’à ce moment-là de la formation ou de l’évaluation ils n’en ont pas besoin,
- Parce qu’ils redoutent une énième adaptation et qu’ils ont déjà des vécues des mauvaises expériences,
- Parce que certains ont déjà développé leurs propres stratégies d’adaptation.
Il convient alors de communiquer activement avec vos équipes, car elles doivent être prêtes à s’adapter en cas de déclaration. Certes, tout ne peut pas s’anticiper mais un des premiers réflexes à avoir : c’est d’instaurer un climat de confiance permettant à chacun de pouvoir s’exprimer librement.
La première étape est donc la confiance.
Instaurer un climat de confiance est essentiel pour tous vos apprenants, en situation de handicap ou non. La conformité ne suffit pas, il faut aussi une culture de l’accompagnement.
Effectivement, présenter la politique handicap, présenter le référent est un premier pas mais créer l’environnement adéquat et sécurisant pour que chacun puisse exprimer son besoin d’adaptation est essentiel. D’un point de vue opérationnel, il faut aller au-delà de la procédure, il faut amener votre référent handicap à se déplacer auprès des apprenants, en parler aux équipes pédagogiques et d’une manière générale au personnel de l’établissement, aux intervenants qui ont un rôle à jouer également. Cette communication peut intervenir au moment des inscriptions, des Journées Portes Ouvertes, mais elle doit continuer tout au long de l’année.
Concrètement cela peut se traduire par la mise en place d’un bureau, d’une salle qui serait ouverte à certaines périodes de l’année où chacun peut venir librement parler de manière confidentielle de sa situation et discuter de ses besoins d’adaptation. Quoi qu’il en soit, votre référent handicap doit être visible, accessible et identifiable par vos apprenants et vos équipes.
Parler de besoin plutôt que de handicap
Quand une personne me fait part qu’elle est en situation de handicap, je ne pose jamais la question : “quel est votre handicap ?”. Je lui pose une tout autre question : “Quel est votre idéal pour apprendre ?”. Cette question me donne d’ores et déjà des réponses aux adaptations possibles à mettre en place sans avoir besoin de connaître précisément le handicap. Cette question me permet également de voir que certaines adaptations ne nécessitent pas de réinventer la roue, mais aussi me permet de constater à quel point les PSH ont déjà développé leurs propres stratégies d’adaptation.
| Réponses types des apprenants | Exemples d’adaptations à envisager |
|---|---|
| « Mon idéal, c’est de pouvoir alterner la position assise et debout sans gêner le groupe. » |
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| « Mon idéal est d’être au plus proche du tableau pour mieux voir et mieux traiter l’information. » |
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| « Mon idéal est de pouvoir entendre le texte pour mieux le comprendre. » |
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| « Mon idéal est d’avoir des breaks pour recharger mes batteries. » |
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| « Mon idéal est de recevoir les consignes ou les supports en avance pour mieux assimiler en classe. » |
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| « Mon idéal est d’avoir une seule consigne à la fois et de pouvoir vérifier que j’ai bien compris. » |
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Cette liste d’exemples n’est pas exhaustive, il y en a d’autres mais ce sont pour lesquels j’ai été le plus sollicités.
À travers leurs réponses, j’échange ainsi sur leurs besoins pour co-construire une adaptation avec eux. L’objectif n’est pas de leur fournir une adaptation immédiatement mais de comprendre déjà ce qui fonctionne pour elles, car généralement ce sont elles qui m’apporteront la réponse, l’ayant déjà expérimenté au cours de leur parcours de formation. C’est aussi là que j’identifie le matériel technique dont ils disposent déjà pour leurs formations (lunettes grossissantes, coussin ergonomique…). Cette question m’a également permis de voir que des personnes ayant le même handicap peuvent avoir des besoins d’adaptation différents et inversement deux PSH différentes peuvent avoir besoin de la même adaptation. Cette approche évite de réduire la personne à son handicap et centre immédiatement l’échange sur les solutions.
Sensibiliser les formateurs
Pour accompagner ces adaptations et créer cet espace de confiance, il est essentiel d’embarquer vos formateurs. Ils doivent apprendre à identifier les situations où l’apprentissage ne fonctionne pas ou plus, qu’elles soient liées à un handicap ou non, à une difficulté temporaire ou tout simplement à un besoin pédagogique non couvert.
Pour cela, ils doivent être sensibilisés au sujet, en comprendre les enjeux, comprendre les 6 grandes familles de handicap, être le relai de votre politique handicap. Ils doivent être en mesure de pouvoir orienter un apprenant vers le référent. En effet, d’expérience, c’est généralement vers les enseignants que les PSH se tournent.
Mais il est nécessaire aussi qu’ils développent leur capacité d’observation des situations d’inconfort dans l’apprentissage pour les apprenants en situation de handicap ou non. Quelque chose qui peut paraître simple à faire mais parfois dans l’élan du déroulé pédagogique, on est davantage focus sur le timing que le reste.
L’objectif n’est pas d’en faire des diagnostiqueurs de handicap, loin de là, ce n’est ni leur rôle ni leur fonction, mais il est essentiel qu’ils puissent repérer des situations de difficulté et participer à la création d’un espace de confiance pour chaque apprenant.
Cela passe par identifier certaines questions de leurs apprenants comme : « Est-ce que vous pouvez répéter ? », « Est-ce que je n’ai pas bien compris ? », « Est-ce que vous pouvez écrire plus gros ? », « Est-ce que vous pouvez parler plus fort ? ». Cela les amène également à poser des questions similaires sans cibler d’apprenant particulièrement : “vous m’entendez bien ?”, Je peux répéter, reformuler…”
C’est aussi les amener à observer des signes non verbaux comme une personne qui change fréquemment de position, qui relit plusieurs fois la consigne, qui reste en retrait malgré son implication, une personne qui s’isole… À nouveau ce sont des exemples et il en existe d’autres. Et pour accompagner vos intervenants et développer ce sens de l’observation pas toujours évident, SciencesPo a préparé des fiches pédagogiques à destination de ses enseignants avec des tutoriels vidéo selon les besoins rencontrés.
Ces observations et ces signaux repérés peuvent faciliter l’ouverture du dialogue et comprendre comment on pourra faciliter l’apprentissage de la personne, sans pour autant présumer de l’existence d’un handicap.
Quelques conseils pour aller plus loin
Capitaliser sur l’existant
Tout n’est pas “anticipable” et certains besoins nécessitent des adaptations plus conséquentes, pouvant amener à faire appel à d’autres acteurs du handicap. Vous pouvez néanmoins tenir un registre avec toutes les adaptations que vous avez déjà mises en œuvre pour capitaliser sur cet existant pour les prochaines.
Anticiper l’adaptation la plus fréquente
Vous pouvez également déjà intégrer dans votre planification des évaluations, le tiers-temps, qui est l’adaptation la plus connue. Pourtant, il est souvent négligé voire oublié lors de la conception de formation et la planification des évaluations. En effet, intégrer un tiers-temps peut modifier la durée de l’évaluation. Anticiper cette possibilité dès la conception de la formation permet d’éviter de placer l’apprenant dans une situation inconfortable, par exemple en terminant son évaluation très tardivement le soir.
Ne pas rester seul et continuer de se former
Le référent handicap n’a pas vocation à être expert de tous les handicaps. C’est pourquoi il est essentiel de ne pas rester seul face au handicap et solliciter les acteurs de sa région. En Nouvelle-Aquitaine, nous pouvons nous appuyer sur les dispositifs comme le CRFH (Centre de Ressources Formation Handicap) qui œuvre pour le développement de l’accessibilité pédagogique des organismes de formation. Ils forment les référents handicap. Il y a également EPAtech qui prête du matériel technique de compensation du handicap dans la région. Vous pouvez aussi solliciter Capemploi qui œuvre au quotidien pour l’insertion professionnelle des PSH, que vous pouvez compléter par des échanges avec des entreprises adaptées qui peuvent être source d’inspiration pour mettre en place des adaptations. Et surtout, vous appuyez sur l’AGEFIPH, un acteur clé dans l’accompagnement des PSH.
Et, parce qu’il est primordial de se former, l’AGEFIPH a également développé des ressources utiles. Vous pouvez aussi participer à la fresque du handicap proposée par NovaSanco ou bien la fresque de l’autisme. L’essentiel, vous l’aurez compris, est de continuer à se former.
L’inclusion ne repose pas sur le fait de connaître tous les handicaps et anticiper toutes les adaptations possibles mais davantage sur le fait d’instaurer un climat de confiance, d’ouvrir le dialogue, de co-construire les adaptations ensemble sans trouver de réponse à la place des PSH mais de leur fournir les conditions idéales pour apprendre.

