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Nouvelles réglementations, IA… Comment évaluer les formations e-learning en 2026 ?

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À la suite des nouvelles dispositions en matière de financement des formations via la plateforme CPF, la place de l’évaluation dans un dispositif pédagogique en ligne est renforcée. À l’heure où l’utilisation de l’Intelligence Artificielle questionne, comment peut-on évaluer les formations e-learning ?

 

Tout est question de définition :

Reprenons les bases et parlons rapidement définition en se concentrant sur l’essence du terme d’évaluation. En effet, quand je travaille avec des formateurs, j’aime les questionner sur ce qu’ils entendent par évaluation. Je leur fournis souvent une définition simple, celle du CNRTL, une évaluation c’est : “Action d’évaluer, d’apprécier la valeur (d’une chose); technique, méthode d’estimation”.

J’aime cette définition et particulièrement cette notion “d’apprécier la valeur”, car il n’est ni question de note, ni de lettre, ni d’images de météo, ni de smiley, ni de compétences mais juste d’apprécier. Et c’est là où toute la vision de l’évaluation évolue et nous fait changer notre regard sur celle-ci. Au lieu de l’associer à une sanction, remettons du positif dans l’évaluation et commençons à valoriser le travail fourni par l’apprenant, sa compréhension du sujet, sa progression au sein d’un dispositif de formation, son impact à long terme et non uniquement le résultat final. Et si ce changement de vision était un nouveau levier pour témoigner des acquis de l’apprenant dans les formations e-learning ?

Évaluer en toute objectivité…

Pour valoriser le chemin parcouru par l’apprenant en toute objectivité, il faut supprimer toute possibilité de subjectivité, c’est-à-dire les biais. Là aussi, il est question de définition. Un biais, selon le CNRTL, est une déformation, un travers, un détour… Et des biais en évaluation, il en existe plusieurs. Le Ministère de l’Éducation nationale en a effectivement parlé dans son dernier podcast notamment le biais de disponibilité, le biais de genre, l’effet de halo…

Le quiz, la solution à tout, ou pas.

Commençons par le plus évident, le biais du quiz, un des travers les plus fréquents en e-learning. En effet, en l’utilisant de façon exagérée pour tout évaluer, le quiz est une des solutions privilégiées dans les formations à distance, proposées par les LMS (Learning Management System). S’il est un moyen rapide pour vérifier les connaissances tout en automatisant le déroulé du dispositif, il peut lasser à la longue votre apprenant. Couplé au biais de la bonne réponse, il peut constituer une limite pédagogique donnant une illusion d’apprentissage liée à la restitution immédiate plutôt que garantir la montée en compétence en utilisant les acquis de la formation et sans valoriser le raisonnement effectué par l’apprenant.

Ces biais font écho également au biais du tout mesurable, où l’évaluation se concentre uniquement sur ce qui est facile à mesurer et évaluer, soit la partie visible de l’iceberg. La partie invisible (l’analyse, la réflexion, la prise de décision) est ainsi mise de côté et donc non évaluée, connue comme étant le biais de la donnée non évaluée, non exploitée. S’ajoute aussi le biais de l’instantanéité en voulant évaluer les acquis de l’apprenant juste après avoir finalisé la formation, privilégiant la mémoire à court terme mais sans prendre en compte le raisonnement de l’apprenant et sans évaluer l’impact de la formation à long terme.

Un biais moins évident mais tout aussi présent est celui de la déconnexion du terrain. Dans les formations à distance, la réutilisation de contenus est souvent privilégiée en pensant à leur interopérabilité dès leur conception. Si cette technique permet de maîtriser son budget conception, il est essentiel de s’adapter au besoin réel de l’apprenant en lui proposant une évaluation connectée à sa réalité terrain.

Ces biais en évaluation sont à éviter, ils constituent une limite pédagogique, permettant de vérifier à court terme la mémoire de l’apprenant sans valoriser le chemin parcouru par celui-ci.

Outils et IA : redéfinir le contrat pédagogique

Autre biais, celui lié à la technologie qui consiste à penser que l’outil sera le garant de la qualité du dispositif mais aussi de l’évaluation de l’apprenant. Mais dès lors, comment valoriser le chemin parcouru par l’apprenant face au recours fréquent à l’automatisation de l’apprentissage sur les LMS, utile pour optimiser les coûts ?

Il y a certes le reporting automatisé de son activité qui permet d’obtenir des informations comme le taux de complétion, le temps passé sur les différentes activités, le nombre de tentatives aux évaluations. Mais derrière ce système, une éternelle question subsiste : “est-ce bien mon apprenant qui a réalisé cette activité/cette évaluation ? Est-ce qu’il était bien derrière son ordinateur pour suivre la formation et réaliser les formations ?” Le reporting n’est donc pas suffisant pour répondre à ces interrogations qui existent depuis plusieurs années. Lors de ma première venue au salon du e-learning à Paris, il y a plus d’une dizaine d’années, des entreprises proposaient déjà des solutions pour sécuriser l’évaluation entre l’instauration d’un système de surveillance à distance, l’usage de logiciels qui bloquent l’accès à tout autre page internet, etc.

Ces questions évoluent à l’heure de l’IA : “est-ce bien mon apprenant qui a réalisé cette activité/cette évaluation ou bien une IA ?”. Comment faire pour s’en assurer ? Tout simplement en repensant le contrat pédagogique pour l’adapter aux formations à distance. En posant un cadre clair à l’apprenant et en lui explicitant clairement ce sur quoi il sera évalué. Il s’agit alors de lui présenter :

  • les objectifs d’évaluation,
  • la grille d’évaluation,
  • de lui préciser ce que l’on va observer chez lui pour témoigner de ses futurs acquis.

Ce contrat doit également mentionner les conditions d’évaluation en précisant :

  • Si oui ou non l’IA est autorisée ou tout autre outil. Je le vois actuellement en accompagnement VAE où la mention de l’interdiction de l’IA est indiquée en préambule du livret 2. La condition est ainsi posée.
  • Si ses productions seront analysées dans des logiciels anti-plagiat comme les solutions Turnitin-Ouriginal ou encore Compilatio qui ont évolué intégrant la détection de contenu IA

Repenser le contrat pédagogique pour les formations en ligne en y intégrant l’évaluation à part entière donnera davantage de sens à l’apprenant pour s’impliquer dans sa formation.

Évaluer avec la réglementation

France Compétences a proposé en janvier 2026 un nouveau vademecum pour déposer des formations RNCP et du RS.

Que dit le vademecum ?

Dans sa fiche pratique n°8 et n°9, sont exposés les critères d’enregistrement d’une certification au RNCP et RS. Dans les deux fiches, les deux premiers critères sont liés à l’évaluation :

  • Premier critère RNCP : L’adéquation du métier concerné par le projet de certification professionnelle par rapport aux emplois occupés, s’appuyant sur l’analyse des promotions de titulaires.
  • Premier critère bis RNCP : L’impact du projet de certification professionnelle en matière d’accès ou de retour à l’emploi, s’appuyant sur l’analyse des promotions de titulaires et comparé à l’impact de certifications professionnelles visant des métiers similaires ou proches.
  • Premier critère RS : L’adéquation des connaissances et compétences visées par rapport aux besoins du marché du travail, appréciée au moyen d’une étude complétée, dans le cas d’une demande de renouvellement d’enregistrement, par un bilan de la mise en œuvre de la certification ou habilitation précédemment enregistrée
  • Premier critère bis RS : L’impact du projet de certification ou habilitation en matière de sécurisation ou de développement du parcours professionnel, s’appuyant sur l’analyse de promotions de titulaires

Il est explicitement mis en avant la nécessité d’un référentiel de formation en lien avec le terrain s’inscrivant dans une démarche d’insertion ou d’évolution professionnelle. La seule évaluation des connaissances n’est pas suffisante, il convient d’y intégrer une démarche pour évaluer son impact auprès du public formé. Et c’est là où le feedback redevient un élément primordial en évaluation pour valoriser l’apprenant.

Repenser la place du feedback dans l’évaluation

Si je vous demande de me citer en commentaire de cet article un enseignant qui vous a marqué dans votre vie et d’expliquer pourquoi, quelle serait votre réponse ? Généralement, ceux qui nous ont marqués sont ceux qui nous ont encouragés, qui ont souligné nos efforts, qui nous ont donné du feedback.

Bien qu’il soit difficile à automatiser en formation à distance, le feedback a démontré son efficacité à la fois dans le déroulement de l’apprentissage, la motivation des apprenants mais en étant un excellent levier pour mesurer l’impact de votre formation.

Pour produire du feedback, il est nécessaire d’obtenir des éléments de contexte chez votre apprenant en recueillant par exemple son ressenti via un simple questionnaire en ligne avec des champs libres pour répondre. Interrogez-le sur ce qui l’a marqué, ce qu’il a retenu, sur ce qu’il a compris, ce qu’il a ou va changer dans son quotidien professionnel désormais, si cette formation a été impactante pour lui, comment il a produit son analyse, sur quoi a porté sa réflexion, sur ce qu’il faisait avant mais ne fera plus. Et c’est là où vous allez commencer à valoriser la partie invisible de l’iceberg (l’analyse, la réflexion, la prise de décision). Ce questionnaire peut également prendre la forme d’un échange entre pairs en ayant un regard croisé sur chacun, sur leurs ressentis et compréhension de la formation.

Le recueil de ces informations va vous permettre de réaliser un diagnostic de l’avancée de l’apprenant dans son parcours. Il vous permettra de lui faire un feedback écrit ou vocal (sans tomber dans le podcast 😉) en mesurant l’impact de la formation pour votre apprenant, mais également de mesurer sa réelle progression entre le début et la fin de la formation. Car, ces questions vous pouvez même les ajouter dans votre analyse du besoin pour sonder ses prérequis en les formulant différemment :

  • Qu’est-ce qui vous marque dans une formation ?
  • Comment retenez-vous l’information ?
  • Qu’est-ce que vous souhaitez faire évoluer dans votre pratique après cette formation ?
  • Qu’est-ce qui fera que cette formation sera impactante pour vous ?

Ce même questionnaire peut être utilisé en fil rouge de votre formation et cette pratique aura pour vous un double effet pédagogique et réglementaire :

  1. Cela vous permettra de voir comment votre apprenant évolue dans le parcours
  2. Cela vous donnera également des éléments pour faire évoluer vos dispositifs selon ses feedbacks directement en observant ce qu’il n’a pas compris, ce qui a posé problème… et ainsi mieux répondre à l’indicateur 32 pour votre audit Qualiopi.

 

Cette technique peut également être réalisée à froid : 6 mois après pour mesurer l’impact concret de celle-ci sur vos apprenants. Le questionnaire n’est pas l’unique méthode, cela peut prendre la forme d’une visio, d’un appel. Ma sœur, enseignante dans un lycée, a utilisé cette technique lors du premier confinement en 2020, elle a fait le choix d’appeler un à un ses élèves pour connaître leurs conditions d’apprentissage, sur leurs ressentis sur les cours à distance. Résultat, elle n’a eu que 2 élèves en moyenne par classe qui ont décroché.

La contrainte du feedback personnalisé est qu’il ne peut être automatisé. Vous pouvez néanmoins gagner en efficience en construisant un dispositif simple et précis de recueil de l’information que ça soit par la limite du nombre de caractères dans le questionnaire, ou bien par une grille d’entretien. De la même manière, pour étudier les données recueillies, je recommande souvent aux formateurs sur des dispositifs en ligne de se bloquer un créneau dans la semaine pour pouvoir le faire sans que cela soit une tâche chronophage.

Pour conclure :

En recentrant l’apprenant au coeur du dispositif de formation et d’évaluation, en redonnant une place à l’humain dans l’apprentissage à distance en soutenant et valorisant régulièrement votre apprenant tout au long du parcours, vous réduirez les risques de décrochage, les risques d’abandon, tout en valorisant le chemin parcouru.

Charlotte Guillot

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