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Compétences vertes : comment intégrer la transition écologique à son catalogue de formation

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Face à la transition écologique, la tentation est grande pour un organisme de formation d’appliquer une recette connue : identifier une tendance, observer l’offre concurrente, puis ajouter quelques modules « développement durable » à son catalogue. Cette approche risque pourtant de passer à côté de l’essentiel.

Les besoins en compétences liées à la transition écologique progressent, mais la demande de formation n’avance pas en ligne droite. Un récent assouplissement de certaines obligations de reporting extra-financier, les contraintes budgétaires des entreprises et l’évolution rapide des dispositifs de financement ont freiné l’emballement post-Covid. Pour autant, la pression ne disparaît pas : elle se déplace vers les chaînes de valeur, les appels d’offres, la mesure des émissions et surtout la transformation concrète des métiers.

Pour les organismes de formation, l’enjeu n’est donc pas d’ajouter rapidement des formations « vertes » à leur catalogue, mais d’identifier ce que leurs apprenants devront réellement savoir faire différemment demain.

Une demande freinée malgré des besoins structurels croissants

La CSRD reste un moteur, mais son périmètre a été fortement resserré

Directive européenne qui encadre le reporting de durabilité des entreprises, la CSRD  (Corporate Sustainability Reporting Directive) est un facteur important de transformation, malgré un périmètre qui a profondément évolué au cours des dernières années. Plus particulièrement, la directive modificative issue du paquet Omnibus I, adoptée définitivement le 24 février 2026 et publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 26 février, a relevé les seuils d’assujettissement. Sont désormais concernées par la CSRD les entreprises de plus de 1 000 salariés dépassant 450 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel net. Le texte cherche également explicitement à limiter l’effet de « ruissellement » des obligations de reporting sur les petites entreprises.

Cela ne signifie pas pour autant que les entreprises sorties du périmètre peuvent ignorer les enjeux ESG. Les grands groupes continuent à avoir besoin de données relatives à leur chaîne de valeur, à leurs fournisseurs et à certaines émissions indirectes. Les PME et ETI qui travaillent avec eux peuvent donc rester soumises à une pression commerciale ou contractuelle, même si le nouveau cadre européen cherche désormais à encadrer les informations qui peuvent leur être demandées. C’est ce que constate Frédéric Dessombs, consultant en transition écologique auprès des PME : « La CSRD concerne principalement les grandes entreprises. Son périmètre a récemment été allégé, mais les grandes entreprises qui restent concernées vont nécessairement entraîner avec elles leurs fournisseurs et leurs sous-traitants. Les exigences auxquelles elles doivent répondre se répercuteront sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. »

Une progression irrégulière de la demande 

Après un fort développement des sujets RSE et climat dans les années post-Covid, plusieurs organismes spécialisés constatent depuis dix-huit mois à deux ans un ralentissement des achats. Les entreprises savent qu’elles devront évoluer, mais leurs arbitrages économiques immédiats peuvent retarder les investissements dans les compétences.

« Nous retrouvons ici le conflit traditionnel entre la “fin du monde” et la “fin du mois”. Les entreprises vivent également ce conflit, à tous les niveaux, y compris lorsqu’il est question de transformation durable et d’investissement dans les compétences. Force est de constater que, lorsqu’elles doivent choisir, la priorité est plutôt donnée à la fin du mois », résume Arnaud Herrmann, cofondateur et président d’EcoLearn.

La demande risque donc d’avancer par vagues : nouvelle réglementation, exigence d’un client, appel d’offres, besoin de produire une donnée carbone, puis phase d’appropriation et de montée en maturité.

Un organisme de formation qui bâtit toute son offre sur la seule conformité réglementaire s’expose ainsi à une obsolescence rapide. Il doit construire des contenus capables de suivre la transformation des métiers au-delà d’une obligation ponctuelle.

Le carbone et les exigences des donneurs d’ordre : des besoins plus opérationnels

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre constitue un bon exemple de besoin qui dépasse le seul reporting réglementaire. Produire ou exploiter un bilan carbone suppose de collecter des données, comprendre les postes d’émissions, interpréter les résultats et traduire le diagnostic en actions. Ces compétences concernent progressivement les achats, la supply chain, les opérations, la finance ou encore le management.

La commande publique, les politiques d’achats responsables, les dispositifs d’aide à la décarbonation et les critères imposés par certains grands donneurs d’ordre contribuent également à faire évoluer les pratiques. Le marché n’est donc pas homogène : certaines entreprises disposent déjà d’équipes RSE structurées ; d’autres découvrent ces exigences à travers un client, un financement ou un appel d’offres. Ce second public peut offrir davantage de possibilités de différenciation à condition de proposer des formations très opérationnelles et adaptées à son niveau de maturité.

Auditer son catalogue avant de créer

La transition écologique ne crée pas seulement de nouveaux métiers. Elle transforme surtout des métiers existants. « Certains métiers vont disparaître, d’autres vont être créés et une troisième catégorie de métiers devra profondément évoluer […] Dans le monde des fonctions support, nous avons vu apparaître des formations à la RSE pour les équipes spécialisées dans ce domaine. En revanche, très peu d’efforts ont été consacrés à la manière dont les métiers traditionnels doivent se transformer pour devenir plus durables », observe Arnaud Herrmann.

C’est la différence entre les compétences « vertes », directement liées à une activité environnementale, et les compétences « verdissantes », qui font évoluer un métier existant : l’acheteur qui introduit des critères environnementaux dans la sélection de fournisseurs, le responsable marketing qui doit maîtriser les allégations environnementales ou le chef de projet qui intègre des indicateurs carbone.

Pour un organisme de formation, la première démarche consiste donc à auditer son catalogue.

Pour chaque formation, trois questions permettent d’identifier les contenus susceptibles d’évoluer : 

  • les décisions prises dans ce métier ont-elles un impact sur l’énergie, les ressources, les émissions ou les déchets ? 
  • Le professionnel doit-il désormais utiliser de nouvelles données environnementales ?
  • Les attentes réglementaires, clients ou fournisseurs modifient-elles sa manière de travailler ?

Mais identifier ne suffit pas. Il faut aussi prioriser en prenant en compte deux critères : l’intensité du besoin pour le public visé et la densité de l’offre déjà disponible. Une sensibilisation climatique généraliste peut être utile, alors qu’une formation sectorielle permettant à une équipe achats de comprendre les données carbone de ses fournisseurs peut, à l’inverse, offrir davantage de différenciation.

L’enjeu est donc de partir des situations de travail :

  • Une formation en achats peut par exemple intégrer l’évaluation environnementale des fournisseurs et le coût complet.
  • Une formation marketing peut traiter l’écoconception et les allégations environnementales.
  • Une formation numérique peut intégrer l’écoconception des services et la sobriété.
  • Une formation en finance peut apprendre à utiliser des données extra-financières dans la décision.

Sortir du verdissement de façade

« Verdir les formations ne représente qu’une toute petite partie du problème », prévient Frédéric Dessombs. « Il ne s’agit pas uniquement d’un sujet marketing ou d’une adaptation superficielle des contenus de formation. Le point de départ doit être la stratégie globale de l’entreprise. »

Ajouter un chapitre « développement durable » en fin de programme ou rebaptiser une formation en ajoutant le mot « responsable » ne suffit donc pas. Le verdissement doit modifier les objectifs pédagogiques, les cas pratiques et l’évaluation. Une question simple permet de tester sa pertinence : l’apprenant sera-t-il capable de prendre une décision professionnelle différente après la formation ? Si la réponse est non, la transformation reste essentiellement déclarative.

Construire un référentiel de compétences vertes crédible

Décrire des capacités observables

Un référentiel efficace doit aller plus loin que « connaître les enjeux de la transition écologique ». Il peut s’organiser autour de quatre niveaux de maturité :

  • La compréhension : identifier les enjeux environnementaux liés à son activité ;
  • La mesure : collecter et interpréter des données ; 
  • L’action : modifier une pratique ou un processus ; 
  • Le pilotage : définir une trajectoire, suivre des indicateurs et mobiliser les équipes.

Les compétences doivent surtout être observables : cartographier les principaux postes d’émissions d’une activité, comparer des fournisseurs selon plusieurs critères environnementaux, intégrer une contrainte carbone dans un projet ou construire un plan de réduction assorti d’indicateurs.

Utiliser France compétences comme signal

France compétences actualise chaque année la liste des métiers en particulière évolution ou en émergence. L’édition 2026 compte onze métiers, dont cinq nouvellement intégrés. Parmi eux figurent notamment le responsable en approvisionnement et performance énergétiques et l’expert en décarbonation et performance environnementale. Pour les certifications relatives aux métiers de cette liste, une procédure dérogatoire facilite le dépôt au RNCP pendant une période déterminée.

Cette liste constitue donc un signal institutionnel intéressant, notamment pour un organisme qui envisage de développer une certification. Elle ne doit toutefois pas être confondue avec une étude de marché : elle n’indique ni le nombre de stagiaires potentiels, ni les budgets disponibles, ni le niveau de concurrence sur une formation courte. 

Arnaud Herrmann, cofondateur et président d’EcoLearn, organisme spécialisé dans les formations au développement durable, précise d’ailleurs : « Elle n’est pas fausse. Mais elle donne un peu l’impression d’énoncer des évidences. Les métiers qui y sont présentés me paraissent également assez vagues […] Nous retrouvons une nouvelle fois une logique de “sparadrap”, davantage qu’une réflexion de fond. »

Frédéric Dessombs formule également une réserve complémentaire : « Cette liste sous-estime probablement la dimension transversale de la transformation. Elle cible un certain nombre de manques, mais selon une approche très segmentée. »

Le bon réflexe consiste donc à croiser plusieurs sources : France compétences, fiches RNCP et Répertoire spécifique, études des branches et OPCO, observatoires métiers, ressources de l’Ademe et surtout entretiens avec les entreprises concernées.

Tester avant d’industrialiser

Lorsqu’un organisme ne possède pas l’expertise environnementale nécessaire, il peut commencer par coproduire ses premières formations avec un expert ou un cabinet spécialisé plutôt que d’internaliser immédiatement toutes les compétences. Le référentiel peut ensuite être testé auprès d’une première cohorte d’entreprises, puis ajusté en fonction des difficultés réellement rencontrées sur le terrain. Cette phase pilote permet aussi de vérifier qu’il existe une demande suffisante avant d’engager un investissement important dans une nouvelle gamme.

Quelles formations adapter en priorité ?

Mieux vaut construire quelques offres métier bien ciblées que rebrander tout un catalogue autour du « vert ». Un premier niveau peut porter sur la compréhension des enjeux, la mesure de l’empreinte carbone ou la construction d’un plan d’action. Mais la différenciation la plus intéressante réside souvent dans la déclinaison par fonction. Des modules tels que « Achats responsables : intégrer les critères environnementaux dans le choix des fournisseurs », « Écoconception numérique pour les équipes produit et IT » ou « Intégrer les données carbone dans les décisions financières » expriment immédiatement la situation professionnelle visée.

Pour chaque métier, l’organisme peut ensuite proposer plusieurs niveaux : sensibilisation, mise en pratique, puis pilotage pour les référents ou managers. 

Quels financements mobiliser en 2026 ?

Vérifier les possibilités OPCO branche par branche

Les OPCO sont un interlocuteur central dans le financement du Plan de développement des compétences, notamment pour les petites entreprises. Les priorités, plafonds et critères variant fortement selon les opérateurs et les branches, il est risqué d’affirmer qu’une formation « verte » sera automatiquement prise en charge.

Un organisme a donc tout intérêt à documenter les conditions applicables à ses principales cibles et à développer une relation directe avec les OPCO concernés, notamment lorsqu’il souhaite monter des actions collectives.

PACTE Industrie : un dispositif concret pour les industriels

Pour le secteur industriel, PACTE Industrie constitue un dispositif directement exploitable.

Porté par l’Ademe et l’ATEE, le programme accompagne les entreprises industrielles dans leur transition énergétique et bas carbone. En 2026, les formations du dispositif peuvent être financées entre 40 % et 80 % de leurs coûts pédagogiques ; les études et coachings entre 60  % et 70 %, sous réserve des critères d’éligibilité et des prestations prévues par le programme.

D’autres dispositifs comme le FSE+, France 2030, les EDEC ou certaines aides régionales peuvent être mobilisés dans le cadre de projets plus collectifs ou structurants. Ils ne doivent toutefois pas être présentés comme des guichets permettant de financer automatiquement une session de formation individuelle : leur mobilisation dépend d’appels à projets, de partenariats, d’actions de branche ou de critères territoriaux.

Qualiopi : nécessaire, insuffisante

La certification Qualiopi est obligatoire pour accéder aux fonds publics ou mutualisés, notamment ceux des OPCO, de l’État, des régions ou de la Caisse des dépôts. Elle ne garantit cependant pas qu’une action sera prise en charge. Pour être éligible au CPF, une formation certifiante doit notamment préparer à une certification active inscrite au RNCP ou au Répertoire spécifique, et l’organisme doit répondre aux exigences propres à Mon Compte Formation. La connaissance des dispositifs et leur mise à jour régulière deviennent ainsi un élément de la valeur proposée au client.

Ressources et liens utiles

France compétences :

Conseil de l’Union européenne : Communiqué du 24 février 2026 sur la simplification CSRD/CS3D (paquet Omnibus I) 

Ademe : PACTE Industrie : présentation du dispositif et conditions de financement 2026  

Opco Direct : Financer une formation professionnelle en 2026 (état des lieux FNE-Formation, OPCO, FSE+)

 

Houda Gharbi

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