La communauté des organismes de formation connectés

En savoir plus Rejoindre la communauté

Ingénierie pédagogique : Adopter l’éco-conception en quelques gestes simples

Résumer cet article avec :
Comment utiliser ces raccourcis IA ?

SOMMAIRE

Vous êtes vous déjà posé la question de l’impact environnemental de vos modules ? de vos formations ? Vous êtes-vous déjà interrogé sur l’impact environnemental de vos choix pédagogiques, de vos pratiques, de vos outils pour produire vos formations ? Probablement que non. Effectivement, en formation, on pense beaucoup impact, mais sur l’apprenant, moins sur l’environnement. Alors qu’avec quelques petits gestes, on peut déjà s’inscrire dans une démarche d’éco-conception.

Selon l’ADEME (l’Agence pour la Transition Écologique), l’éco-conception “vise à minimiser les impacts environnementaux des produits et services dès leur conception et sur l’ensemble de leurs chaînes de valeur”. Derrière ces 3 lettres “ECO”, on peut y voir plusieurs termes :

  • eco → écologique → produire une ressource à faible impact environnemental
  • eco → économique → privilégier l’existant en limitant les ressources utilisées
  • eco → éco-responsable → réemployer des ressources et les recycler.

Dès lors, comment passer d’une démarche de conception pédagogique à une démarche d’éco-conception ? En repartant du besoin et en s’interrogeant sur “pourquoi” produire plutôt que “comment”, on peut éco-concevoir. Cela passe aussi par se questionner sur le réel besoin de production : de quoi ai-je réellement besoin de produire ? Est-ce que j’ai besoin de réinventer la roue ? Ou je peux opter que pour ne produire que l’essentiel, ce qui est vraiment utile pour mon apprenant et ne pas tomber dans la surproduction pédagogique.

En partant des référentiels

Pour démarrer, vous pouvez vous inspirer des référentiels proposés par le gouvernement pour avoir une première approche de l’éco-conception. Bien qu’il n’existe pas de référentiel défini en formation, ces différents supports peuvent vous permettre de repenser votre façon de concevoir une formation et ce dès l’analyse du besoin.

Le RGESN : le Référentiel Général de l’Éco-conception des Services Numériques

Commençons par le RGESN en lien direct avec cette thématique. Conçu sous forme de critères, ce référentiel donne des clés de lecture pour construire un produit ou un service en maîtrisant l’impact environnemental en se basant sur 9 catégories spécifiques : stratégie, spécifications, architectures, UX/UI, contenus, frontend, backend, Hébergement et algorithmie que je vous invite à lire ici. Le RGESN peut être utilisé en pédagogie en adaptant les questions posées à nos dispositifs de formation. Prenons l’exemple de la section “Stratégie”, on peut effectivement se poser les questions suivantes dès l’analyse du besoin :

RGESN Adaptation pédagogique Dans la pratique
1.5 – Le service numérique s’est-il fixé des objectifs en matière de réduction ou de limitation de ses propres impacts environnementaux ? Si dès l’analyse de besoin si des objectifs en matière de réduction ou de limitation de ressources sont définis ?

• Mon module ne doit pas dépasser X Go

• Mon module ne contiendra maximum 3 vidéos

1.6 – Le service numérique collecte-t-il la donnée de façon responsable et raisonnée ? Comment la donnée d’apprentissage is-elle collectée au sein des modules ?

• La collecte des données de mon apprenant se fera uniquement via le reporting du LMS

• Je ne récolterai que son nom, prénom et email

2.2 – Le service numérique est-il utilisable sur d’anciens modèles de terminaux ? Est-ce que les apprenants disposent des pré-requis techniques pour suivre la formation ? Le LMS utilisé est responsive et adapté à tous types de Smartphone peu importe la version d’Androïd ou iOS

Ce référentiel invite aussi à utiliser des outils open source. La question des outils est intéressante dans une démarche d’éco-conception à plusieurs niveaux :

  • S’interroger dans un premier temps si un des outils dont on dispose peut nous permettre de produire la ressource plutôt que de multiplier les licences.
  • S’interroger si les outils utilisés s’inscrivent dans une démarche éco-responsable. Et pour cela, vous pouvez vous inspirer de la boîte à outils proposée par Ed For Good qui étudie les outils auteur selon des critères environnementaux, d’accessibilité, de diversité, de licence…

Le RGPD : le Règlement Général de la Protection des Données

Le lien entre le RGPD et l’éco-conception existe bien. En effet, des datas en formation, en présentiel comme en distanciel, on en recueille beaucoup notamment pour la traçabilité des formations (et aussi un peu beaucoup pour Qualiopi 😉) : un reporting SCORM ou LMS de la progression de l’apprenant, un reporting LMS, une feuille d’émargement ou une signature numérique, c’est de la donnée stockée. Cette data ainsi que le système de stockage ont un impact environnemental. Mais là aussi, c’est une réflexion que vous pouvez avoir dès l’analyse du besoin de votre commanditaire. La question de la politique RGPD est centrale et obligatoire mais vous pouvez l’approfondir en l’interrogeant sur la donnée dont il a réellement besoin pour cette formation. Parfois, seuls le nom, prénom et mail de l’apprenant suffisent à votre formation. Les autres datas liées à chaque apprenant sont sûrement récoltées et stockées ailleurs.

Le RGAA : le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité

Ce référentiel a été conçu pour améliorer l’accès des ressources numériques pour qu’elles soient compréhensibles et utilisables par les personnes en situation de handicap et non pas dans une démarche directe de réduction de l’impact environnemental. Néanmoins, il peut être une source d’inspiration, car il propose des bonnes pratiques qui convergent vers plus de sobriété numérique. En effet, il se compose de 106 critères donnant des indications pour rendre des ressources accessibles à tous, de l’image, au cadre, au choix des couleurs, aux tableaux, à l’intégration des URL, à la présentation de l’information à sa navigation.

RGAA Adaptation pédagogique Dans la pratique
Critère 1.1 Chaque image porteuse d’information a-t-elle une alternative textuelle ? Dois-je multiplier texte et image ou le texte se suffit-il à lui-même ? Je vais limiter le nombre d’images générées par l’IA pour intégrer au profit d’explication textuelle
Critère 3.1 Dans chaque page web, l’information ne doit pas être donnée uniquement par la couleur. Cette règle est-elle respectée ? Ai-je besoin d’ajouter autant d’images ou de pictogrammes pour diffuser l’information ? Je vais proposer un schéma simple plutôt qu’une infographie complexe avec du texte
Critère 12.1 Chaque ensemble de pages dispose-t-il de deux systèmes de navigation différents, au moins (hors cas particuliers) ? Combien de niveaux de navigation différents mon module dispose-t-il ? Je vais limiter la navigation de ma formation à 2 niveaux pour limiter la charge cognitive de mon apprenant avec un seul bouton Menu pour revenir à l’accueil

Ceci représente quelques exemples possibles. On peut donc s’en inspirer lors de la conception d’un module comme la sobriété des interfaces, la structuration de l’information, la pertinence de certains médias et sur les usages réels des utilisateurs, et donc par extension de vos apprenants, sans oublier l’adaptation à tous les types de publics.

Le RGI : le Référentiel Général d’Interopérabilité

Moins connu mais tout aussi utile, il s’agit d’un référentiel qui a pour objectif de définir “des normes et des standards qui favorisent l’interopérabilité au sein des systèmes d’information de l’administration”. En formation, on pense directement à la norme SCORM ou xAPI mais l’interopérabilité existe à d’autres niveaux et peut s’avérer utile pour la réutilisation de contenu. Lors de votre scénario pédagogique, n’hésitez pas à utiliser que des formats réutilisables comme le JPEG ou le PNG pour les images, le MP4 pour les vidéos, le MP3 pour les audios… Vous pouvez réduire la taille de ces médias, en utilisant un logiciel pour les compresser. La perte en qualité sonore ou visuelle est souvent limitée et vous réduirez ainsi votre impact environnemental avec un module plus léger.

Le R2GA : Le Référentiel Général de Gestion des Archives

On peut s’en inspirer pour opter pour des pratiques plus responsables pour archiver les modules et les ressources produites pour une formation. C’est favoriser la réutilisation des ressources produites en créant une bibliothèque de contenus pour pouvoir les réutiliser, les recycler dans d’autres formations. C’est aussi l’occasion de vous interroger sur l’utilité de la ressource : est-ce pertinent de la conserver si celle-ci n’est plus d’actualité ou bien qu’elle nécessite une refonte complète.

Ces référentiels ne sont pas directement dédiés à la formation mais on peut s’en inspirer dès l’analyse du besoin pour concevoir une formation avec un faible impact environnemental.

Et dans la pratique

Comment dans nos pratiques pédagogiques, on peut adopter des gestes simples pour limiter l’impact environnemental en formation ?

En repartant du besoin réel

Le premier réflexe que l’on peut adopter est de limiter la surproduction pédagogique. Vous est-il déjà arrivé d’avoir un client qui vous demande de produire plus que le scénario défini ? Combien d’infographies récapitulatives à la fin de chaque chapitre avez-vous produites ? Combien d’apprenants les ont rouvertes après le module ?

La surproduction pédagogique peut nous entraîner dans une illusion de modernité pour “mettre des paillettes” dans la formation de nos apprenants, mais aussi peut nous faire tomber dans le piège du toujours plus grand, du plus beau et de ne pas en faire assez et donc de produire plus. Alors qu’ finalement, l’objectif reste le même : donner du sens à nos productions pour s’assurer que l’apprenant a compris le contenu pédagogique.

Cet effet de surproduction est challengé régulièrement avec les nouveaux outils sortant sur le marché et les nouvelles fonctionnalités des logiciels auteurs. C’est justement en s’attardant aux outils mais aussi au scénario pédagogique que l’on peut éviter ce biais. Au moment de concevoir un scénario pédagogique pour une formation, avez-vous déjà fait le bilan suivant :

  • Combien de ressources vais-je produire ? Sont-elles toutes utiles à mon module ?
  • Combien d’interactions ai-je prévues ? Idem, sont-elles toutes utiles à mon module ?
  • Qu’est-ce qui est vraiment utile pour mon apprenant ?
  • Est-ce que produire autant d’éléments répond directement au besoin réel de mon commanditaire ?
  • Qu’ai-je prévu de produire par habitude ?

En répondant à ces questions, vous allez réduire vos nombres de productions et donc déjà vous inscrire dans une démarche d’éco-conception.

Cette démarche peut également s’inscrire dès vos premiers RDV en dialoguant avec votre client : est-ce que l’éco-conception est quelque chose qui lui parle ? Une cause qu’il aimerait défendre davantage ? Avec son soutien, de nombreux choix pédagogiques seront plus simples à faire.

En repensant sa conception pédagogique

Au niveau de la conception pédagogique, adopter une démarche d’éco-conception en évitant de sur-produire, c’est “choisir le juste niveau d’innovation par rapport aux objectifs pédagogiques” comme le souligne Didask dans son article.

Pour ma part, je réalise mes scénarios pédagogiques sous format tableau. J’ai ainsi une colonne dédiée à l’impact avec une échelle de niveau : faible – moyen – fort impact. Le choix du niveau dépend du format de la production, de l’outil utilisé pour la produire, de son poids estimatif final. Mon challenge final est d’obtenir, dans mon scénario pédagogique, le ratio suivant en combinant format, poids, outil utilisé en corrélation avec le temps de production alloué :

  • 50% de production à faible impact
  • 30% à moyen
  • 20% à fort

Pas si simple que cela à relever mais je vais arbitrer en fonction :

  • Du contenu : en ne cherchant pas à transformer toutes les listes à puces en infographie, à ne pas transformer tout contenu théorique en vidéo.
  • Du temps : plus une ressource prend du temps à produire, plus j’opte pour un autre format, cela permet également de ne pas faire exploser le budget du client.
  • Des évolutions potentielles des contenus : plus un contenu est sujet à évolution dans le temps, plus je privilégie des contenus à faible impact, avec des formats faciles à modifier pour ne pas avoir à les recréer de zéro. Par exemple, pour un module pour expliquer le référentiel Qualiopi, dont une mise à jour peut arriver à tout moment, je vais opter pour une vidéo pour présenter dans les grandes lignes le référentiel, ses enjeux et pour chaque indicateur privilégier un format plus statique.
  • Du budget alloué : lorsque ce budget est restreint, je vais privilégier la réutilisation de contenu, mais aussi la sobriété numérique en limitant la production de vidéo notamment.
  • En dialoguant avec le client en argumentant sur les choix faits : si ce dernier a une demande spécifique qui veut des choix inverses, je cherche toujours à dialogue avec lui pour comprendre le sens de ce choix en lui proposant une alternative.

Lors de la création de mon scénario pédagogique, j’ai également une colonne divers dans laquelle je m’interroge si cette ressource je ne l’ai pas déjà produite. En effet, limiter la surproduction c’est aussi s’interroger sur cette utilité de production. J’interroge alors ma bibliothèque de contenus qui me permet de recycler un contenu en le réadaptant. C’est aussi à ce moment-là que je procède à un benchmark externe de l’existant. En effet, de nombreuses ressources sont déjà produites et accessibles. Est-ce que certaines ne sont pas utiles pour ma formation et que je peux les réutiliser en les citant, en les nommant selon les chartes d’usage et licences bien évidemment, plutôt que de reproduire quelque chose d’existant ?

Dans une optique de limiter la surproduction pédagogique, c’est aussi questionner son rapport à l’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) dès l’analyse du besoin et de sa conception. En effet, Genially comme Articulate ont intégré des fonctionnalités pour produire à l’aide de l’IA permettant de générer en un prompt des quiz, des avatars, des images, des vidéos, des infographies, promises comme un véritable gain de temps dans la production. L’IA élude ainsi l’impact environnemental des ressources produites bien que cela reste un outil polluant fonctionnant grâce à de nombreuses données. Plutôt que de l’utiliser comme un assistant de production, l’IA peut être un moyen de vous amener à produire ce qui est utile, en la challengeant sur vos contenus : “Comment je peux améliorer l’existant ? Comment puis-je les réutiliser ? Comment utiliser tel référentiel pour améliorer ma pratique ? etc.”

Ces premiers arbitrages me permettent ensuite d’en opérer à d’autres davantage liés à la forme du module, comme par exemple :

  • Opter pour deux polices par module plutôt que de les multiplier. En effet, chaque police c’est un fichier à télécharger et à installer sur son PC. Dès que l’on y ajoute le gras, l’italique, c’est à nouveau des fichiers à installer sur son ordinateur. En ne multipliant pas les polices, on commence à réduire son impact notamment en les recyclant pour de nouveaux modules.
  • Choix des couleurs : c’est sélectionner des couleurs qui vont être faciles à afficher à l’écran sans utiliser sa batterie. Si on prend l’exemple d’application mobile tel que la SNCF, Francetv, on constate que celles-ci sont sombres. Pourquoi ? Car les couleurs sombres consomment moins d’énergie à l’écran. C’est notamment pour ça que votre smartphone passe en mode sombre dès que la batterie est faible. Il en va de même pour vos modules en privilégiant des couleurs sombres.
  • Faire des liens vers des URLs externes pour utiliser des contenus déjà produits en utilisant les licences requises pour éviter de re-produire un contenu déjà existant.

Adopter des gestes simples en restant focus sur l’apprenant

L’adoption d’une démarche d’éco-conception ne doit pas se faire sans oublier l’apprenant pour qu’il soit toujours au cœur du dispositif. En limitant la surproduction pédagogique, l’impact n’est pas que pour l’environnement mais aussi pour son apprentissage avec la réduction de la charge cognitive et informationnelle et ainsi favoriser l’ancrage mémoriel. C’est éviter de le noyer dans un trop plein d’informations pour se concentrer uniquement sur le sens.

N’hésitez pas à la fin de chaque session de formation via le questionnaire de satisfaction à demander à chaque apprenant quelles sont les ressources qui lui ont été les plus utiles et celles le moins. Cela vous permettra de pouvoir arbitrer à de nouveaux choix pédagogiques en supprimant l’inutile au profit du sens.

Alors ces choix peuvent nous laisser penser que nos modules seront moins créatifs, davantage standardisés. Loin de là, l’éco-conception est une question d’arbitrage pédagogique. Elle invite l’ingénieur pédagogique à reprendre son rôle dans la conception en remettant sa créativité au cœur de la production pédagogique en intégrant de nouvelles pratiques :

  • En repensant à produire uniquement ce qui est utile et qui a du sens pour l’apprenant, en se focalisant sur son besoin réel ;
  • En optant pour une réutilisation intelligente des ressources produites en privilégiant la granularité et l’interopérabilité ;
  • En optant pour des choix sobres en termes de polices, couleurs, images.

Charlotte Guillot

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les informations sont collectées par Digiforma afin d'étudier la demande pour rejoindre la communauté. Pour plus d'informations ou pour toute question relative à la protection des données, vous pouvez contacter notre DPO à l'adresse [email protected] ou prendre connaissance de notre politique de confidentialité disponible sur notre site web.
Recommandés pour vous
Abonnez-vous à notre newsletter !
Rejoignez la plus grande communauté OF de France
Passez à la vitesse supérieure avec Pétronille
avec
Digiforma Logo Full Horizontal
Petronille IA - Banniere Visuel
Participez aux enquêtes Digiformag
Digiformag Favicon
Sur le même sujet

Les équipes de Digiforma se déplacent au plus près de vous en région pour vous faire monter en compétences sur notre logiciel et vous tenir au courant de ses évolutions.

Logo digiforma
Pilotez vos formations en temps réel avec Digiforma
Gérez vos formations 4x plus vite