En bref :
Faux « centres de suivi », identifiants obtenus par téléphone, inscriptions forcées, coordonnées bancaires modifiées… L‘Agence nationale du DPC constate une recrudescence du démarchage trompeur auprès des professionnels de santé.
Elle répond par trois mesures :
– une fiche pratique de signalement,
– l’authentification forte sur les comptes,
– une nouvelle façon de valider les inscriptions côté organismes à partir du 20 octobre.
Le téléphone sonne. Au bout du fil, quelqu’un se présente au nom de l’Agence du DPC, de la HAS, d’un ordre professionnel ou de l’ARS. Le message de l’agence est clair : aucun de ces organismes ne contacte les professionnels de santé par téléphone. Quand ce n’est pas une usurpation d’identité, c’est une structure inventée.
La fiche de l’ANDPC en cite plusieurs : le « Centre de suivi du DPC », le « Cabinet d’accompagnement des professionnels de santé » (CAPS) ou le « Cabinet d’Accompagnement du Corps Médical » (CACM).
Certains se disent aussi « intermédiaires entre les organismes de formation et les professionnels de santé ». L’agence est formelle : ces structures n’existent pas, personne ne les mandate et elles n’ont aucune légitimité.
Fraude DPC : Les discours qui jouent sur l’inquiétude
Voilà quelques phrases qui doivent vous alerter :
« votre dossier est bloqué », « vous allez perdre votre indemnisation », « vous n’avez pas rempli votre obligation et vous risquez une sanction », parfois accompagnée d’une amende de 3 000 euros ou d’une interdiction temporaire d’exercer.
Autre argument relevé par l’agence : l’ANDPC serait en cours de démantèlement et 2026 serait la dernière année indemnisée, donc il faudrait réserver vite.
Pour l’agence, tous ces arguments sont faux. Ils ne servent qu’à inquiéter le professionnel pour qu’il donne l’accès à son compte.
Le reste suit naturellement : « on va réinitialiser votre mot de passe ensemble », « je peux faire l’inscription à votre place, il me faut votre identifiant », « c’est bien sur l’IBAN qui commence par… que nous verserons l’indemnité ? ».
Le plus frappant dans la fiche, ce sont les extraits de scripts transmis par d’anciens commerciaux.
Ils sont numérotés, prévoient les objections et donnent la réponse à apporter.
Par exemple, si le professionnel dit avoir déjà fait une EPP avec un organisme qui n’est pas « dans la liste », le commercial doit répondre que cet organisme « ne fait que du présentiel », qu’il « manque de l’interactif » et que le professionnel ne sera donc « pas pris en charge ».
Il doit ensuite recommander une autre formation.
Il ne s’agit donc pas seulement de fraude bancaire.
L’agence l’écrit elle-même : ces pratiques sont le fait de « certains organismes ou intermédiaires » et de leurs sous-traitants commerciaux.
Avec l’accès au compte, ils peuvent inscrire le professionnel aux actions de l’organisme qui finance les appels, sans tenir compte de ses besoins, le désinscrire des formations d’un concurrent, ou remplacer son RIB pour détourner l’indemnisation. Selon la fiche, ces exemples viennent de situations réelles traitées par l’agence.
Fraude DPC : comment réagir ?
Pour les professionnels de santé, la consigne est simple.
Si l’interlocuteur dit être mandaté par l’ANDPC ou la HAS, ou se présente comme intermédiaire du DPC, il faut raccrocher, bloquer le numéro et signaler l’appel.
Si les identifiants ont déjà été donnés, l’agence recommande de changer immédiatement le mot de passe et de vérifier qu’aucune information du profil n’a été modifiée, en particulier les coordonnées bancaires.
Il faut aussi se désinscrire des actions non choisies, depuis son espace ou en contactant directement l’organisme (et non le démarcheur), puis faire un signalement à l’agence via le formulaire de contact.
En cas de doute, l’agence répond au 01 48 76 19 05.
L’agence avait annoncé pour le premier trimestre 2026 un dispositif d’authentification forte.
Après l’identifiant et le mot de passe, un code reçu par SMS sur le téléphone mobile est demandé.
Un nouveau code est envoyé à chaque connexion. C’est le même principe que pour les banques, les assurances ou le site des impôts.
Pour l’agence, c’est « la meilleure façon de vérifier que c’est bien vous », et non un imposteur qui vous inscrirait à votre insu ou changerait votre RIB.
Cela ne suffit pas pour autant, et la fiche le dit clairement : « le plus sophistiqué des coffres-forts ne sert à rien si vous donnez sa combinaison ».
Un démarcheur qui obtient le code par téléphone a le même accès qu’avec un mot de passe. La technique protège, mais c’est la vigilance de l’utilisateur qui fait la différence.
La deuxième mesure concerne les ODPC. Selon l’Info DPC du 12 octobre 2026, à partir du mardi 20 octobre, les courriels qui signalent une demande d’inscription ne contiendront plus les boutons « Oui » (accepter) et « Non » (refuser). Ils seront remplacés par un lien vers l’espace ODPC. L’organisme devra s’authentifier pour traiter la demande.
L’agence explique pourquoi : certains antispams et antiphishing ouvrent automatiquement les liens des mails, ce qui a pu entraîner des refus d’inscription sans que l’organisme n’ait rien fait.
Le validateur était donc un robot.
Concrètement, les organismes doivent revoir leur organisation : qui a les accès à l’espace ODPC, à quelle fréquence les demandes sont traitées, et quel délai de réponse est garanti aux professionnels.
Il peut aussi être utile de revoir les refus « inexpliqués » des derniers mois avec ce nouvel éclairage.
Les professionnels de santé victimes de ce système
Ces mesures sont nécessaires, mais il faut regarder la réalité en face : la menace ne vient pas seulement de l’extérieur.
Les scripts publiés par l’agence ont été écrits pour vendre des formations. Les premières victimes sont les professionnels de santé.
Les organismes qui travaillent honnêtement le sont aussi : leurs apprenants sont désinscrits sans le savoir, et leur travail pédagogique est discrédité par des pratiques qui atteignent l’image de tout le DPC.
Le DPC repose sur un principe simple : le professionnel choisit librement sa formation en fonction de ses besoins. Quand ce choix est obtenu au téléphone par la peur, c’est l’esprit même du dispositif qui est atteint.
Cela arrive au moment où l’organisation du DPC fait l’objet de débats, et l’argument du « démantèlement » est justement utilisé pour pousser à s’inscrire vite.
Les organismes ont donc aussi un rôle à jouer. Ils peuvent diffuser la fiche de l’agence à leurs apprenants, rappeler qu’ils ne demanderont jamais un mot de passe et contrôler de près tout prestataire commercial qui parle en leur nom. La sécurité des comptes dépend de l’agence. La confiance dans le DPC dépend aussi de nous.
Sources :
ANDPC, fiche pratique « Fraudes, usurpations d’identité, démarchages abusifs : professionnels de santé, ce qui doit vous alerter », V2, avril 2026.

