C’est ce que consacre l’article 59 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, publiée au Journal officiel du 26 juin. Un texte de 115 articles dont une part significative concerne directement les organismes de formation, les certificateurs et les financeurs.
Et comme souvent, le principe paraît simple tant qu’on reste au niveau des grands équilibres. Il devient nettement plus technique dès qu’on redescend sur le terrain.
Parce que la sanction pèse sur le stagiaire… mais la charge de la preuve, elle, va très largement retomber sur l’OF.
Ce que dit précisément le texte
L’article 59 complète l’article L. 6323-6 du Code du travail par deux mécanismes nouveaux. Le premier : le titulaire d’un CPF mobilisé pour une formation certifiante doit désormais s’inscrire et se présenter aux évaluations et épreuves prévues par le ministère ou l’organisme certificateur.
En cas d’absence sans motif légitime, deux conséquences s’enchaînent :
- Les droits CPF ne peuvent plus financer la formation liée à l’examen manqué
- Si les sommes ont déjà été versées, leur remboursement peut être réclamé au titulaire
Et un point structurant pour les OF : si la Caisse des dépôts refuse de couvrir le coût, le stagiaire devient directement redevable de la facture auprès de l’OF. La mesure sécurise donc, sur le papier, les OF contre les impayés.
À noter également : l’article 60 de la même loi ajoute une majoration sur les sommes indûment utilisées : 10 % en cas de retard, 50 % en cas de fraude.
⚠️ Une distinction à ne surtout pas confondre
Échouer à l’examen ne déclenche aucun remboursement. Un stagiaire qui se présente et ne réussit pas ne doit rien.
Ce qui est visé, c’est exclusivement la non-présentation sans motif légitime.
Cette nuance mérite d’être écrite noir sur blanc dans vos supports. Elle évite un effet anxiogène contre-productif sur les apprenants, et elle protège l’organisme d’un discours commercial mal calibré.
Le second volet, beaucoup moins commenté
L’article 59 comporte une autre restriction, tout aussi structurante : il n’est plus possible de financer via le CPF une formation menant à une certification (ou à la validation d’un bloc de compétences) que l’on détient déjà.
Une exception est prévue pour les formations certifiantes en langue, finançables même si la certification liée a déjà été obtenue.
Concrètement, cela suppose une vérification en amont de l’inscription, et un point de vigilance particulier sur les certifications à repassage fréquent.
Une entrée en vigueur déjà effective
L’essentiel du dispositif est entré en vigueur dès le 27 juin 2026, lendemain de la publication.
Seule exception : les obligations de transparence et de publication des données prévues au II de l’article 59, différées jusqu’à un an.
Autrement dit, l’obligation de présentation s’applique déjà aux dossiers en cours.
La traçabilité, un élément primordial
La responsabilité financière bascule sur le stagiaire. Mais en pratique, c’est l’OF qui devra être en mesure de démontrer qu’il a fait le nécessaire.
Sans traçabilité, impossible de prouver que l’obligation a été portée à la connaissance du bénéficiaire, ni que l’accès aux épreuves a bien été garanti.
La sécurisation passe donc par une capacité à tracer :
- la preuve que le stagiaire a été informé de l’obligation de présence (programme, convention, livret d’accueil, acceptation horodatée) ;
- la preuve de l’inscription à la certification, réalisée par l’OF ou accompagnée par lui ;
- les convocations et les relances, datées, avec accusés de réception ;
- la présence, l’absence ou le report éventuel, et les justificatifs reçus.
La Caisse des dépôts rappelle déjà, dans ses conditions d’utilisation, que l’organisme doit garantir l’accès aux épreuves et que le titulaire doit accomplir les démarches nécessaires pour s’y présenter. La loi ne fait ici que durcir la sanction d’un principe existant.
Un dossier reconstitué a posteriori a peu de valeur probante. L’enjeu est de pouvoir mobiliser ces éléments rapidement, pas de les fabriquer après coup.
Comment cela pourrait fonctionner en pratique ?
La Caisse des dépôts connaît déjà les personnes inscrites à une formation CPF. La loi complète le dispositif en imposant aux ministères et organismes certificateurs d’enregistrer dans le système d’information du CPF les informations relatives aux personnes inscrites à une session d’examen.
S’y ajoute un volet transparence : les services de l’État rendront publicc, sous réserve d’effectifs suffisants, le nombre de candidats inscrits et présents aux sessions d’examen, ainsi que le taux de réussite des candidats présents. Pour les actions financées via le CPF, seront également publiées les données d’inscription, de présence, d’obtention de la certification et d’insertion professionnelle.
Le croisement inscription / présence / résultat devient donc automatisable.
On peut raisonnablement anticiper le scénario suivant : identification des absents, demande de justificatif, puis procédure de recouvrement si le motif n’est pas recevable.
Et un effet collatéral à ne pas sous-estimer : ces données publiées deviendront un indicateur de qualité visible. Les OF affichant un fort taux de non-présentation seront exposés.
A venir : le décret sur les motifs légitimes
Un décret prochain doit préciser quels sont les motifs légitimes d’absence à un examen ou à une évaluation.
Maladie, accident, décès d’un proche, force majeure, obligations professionnelles impératives… rien n’est acquis tant que le texte n’est pas publié. Les critères définitifs restent à confirmer.
Cela ne justifie pas pour autant l’attentisme. Trois chantiers peuvent être engagés dès maintenant :
- Mettre à jour CGV, conventions et contrats avec une clause explicite sur l’obligation de présentation et ses conséquences financières.
- Auditer la chaîne de traçabilité : où sont stockées les preuves d’information, d’inscription, de convocation, d’émargement ? Sont-elles exploitables en cas de contrôle ?
- Former les équipes commerciales et pédagogiques au bon discours : l’obligation porte sur la présentation, pas sur la réussite.
La mesure protège donc les OF sur le plan financier. Mais elle ne les fera que s’ils sont capables de documenter chaque étape du parcours du stagiaire.

