Actualité de la formation, Pédagogie

Ils révolutionnent l’immersive learning avec le Rôling

Issu des milieux de la tech américaine des années 80, le rôling est une méthodologie d’apprentissage qui mise sur l’immersion et l’imagination pour permettre aux apprenants d’acquérir des “soft skills”, presque sans s’en rendre compte. Le secret de cette technique : l’immersion dans un jeu de rôle médiéval fantastique !

Apprendre des softs skills en s’amusant

Les soft skills, ces compétences douces aussi appelées savoir-être, sont au cœur de la formation professionnelle en France. En effet, l’autonomie, la capacité d’adaptation ou encore la résolution de problèmes complexes sont autant de compétences utiles dans un monde du travail en évolution perpétuelle. 

Pour Henri Duncan, fondateur de Laelith, l’organisme de formation qui a introduit le rôling en France, le constat est simple : “Il est très difficile d’enseigner et d’acquérir des soft skills. Tout simplement parce que, quand on parle de savoir-être, la théorie est vite difficile à appliquer dans la vraie vie. Vous pouvez savoir comment gérer votre stress, ou comment faire preuve de créativité, cela ne signifie pas que vous serez capable d’appliquer cette technique face à une situation donnée. Il faut donc acquérir des automatismes par la pratique !”

Et quoi de mieux, pour pratiquer, qu’une situation totalement inédite ? Avec Laelith, l’entraînement à la négociation se réalise dans une taverne médiévale. “Dans une formation classique, explique Maryse Boucher, formatrice en rôling, il existe déjà des situations de jeu de rôle. Mais elles sont très claires, très cadrées. Lors d’une formation à la négociation, l’un sera l’acheteur et l’autre le vendeur. C’est très frustrant car on sent bien que cette situation ne se reproduira jamais  aussi clairement dans la vraie vie, c’est un jeu de rôle qui n’a, paradoxalement, rien d’immersif ! Au contraire, chaque acteur sonne faux et se contente d’appliquer à la lettre la leçon sans se l’approprier”. 

Mais alors, pourquoi la mise en situation serait plus réaliste dans une taverne médiévale ? “Dans le jeu de rôle tel qu’on le pratique dans le rôling, l’apprenant s’autorise à lâcher prise, il s’invente un personnage, se projette dans une situation totalement différente, ce qui le rend beaucoup plus réceptif quand la situation de négociation apparaît. Au-delà d’apprendre, il vit vraiment la situation comme s’il y était”

Utiliser le roling dans son organisme de formation :

Le formateur devient “Maître du jeu” : vous devez vous découvrir une âme de conteur. Votre objectif ? décrire des situations aux joueurs sans jamais être directif. Votre challenge ? Réagir du tac au tac sans jamais briser l’immersion.

L’apprenant devient “aventurier” : chaque joueur possède un personnage. Rien de tel, bien sûr, qu’un personnage très exotique pour les aider à lâcher prise ! Vous pouvez choisir d’attribuer le personnage d’aventurier extravagant aux plus timides, ou au contraire, de gobelin rusé aux plus extravertis. Cela leur permettra de gagner en empathie à mesure que l’aventure continuera.

La mise en situation devient “une quête” : Pas besoin que la quête ait quelque chose à voir avec votre formation. Au contraire ! Cela permet de détendre les participants et faciliter l’immersion. Ce sont les différentes “rencontres” qu’ils vont faire au gré de leur quête qui leur permettront de mettre en pratique leurs différents apprentissages.

La montée en compétences devient des points d’expérience : à chaque fois que les héros passent une étape décisive, ils gagnent des points d’expérience et développent de nouveaux pouvoirs. C’est l’occasion de leur faire acquérir une nouvelle méthode qu’ils pourront tester lors d’une prochaine confrontation à la taverne, dans un donjon ou au détour d’une forêt enchantée.

Revenir aux bases de l’apprentissage immersif

L’immersive learning a le vent en poupe ces dernières années : s’il est souvent rattaché à des innovations technologiques, comme les casques de réalité virtuelle, le rôling revendique une version “low tech” (c’est-à-dire basse technologie) de l’apprentissage immersif. Le professeur Xavier Kerensky, qui étudie l’impact des nouvelles technologies sur la pédagogie à l’université d’Antony encourage cette forme de retour aux sources : “Comme pour toutes les modalités d’apprentissage, on a tendance à s’intéresser aux outils au détriment de la méthode. La technologie doit servir la pédagogie et pas l’inverse ! Le roling est une méthode comme une autre pour réaliser des mises en situation originales qui permettront aux apprenants de se prendre au jeu, il a donc de beaux jours devant lui.”

Henri Duncan, quant à lui, tente de faire reconnaître officiellement cette modalité d’apprentissage en militant pour la démocratisation de l’AFESJDR : l’Action de formation en situation de jeu de rôle.

Illustration : JB Pollien pour Digiformag.

Après avoir accompagné les porteurs de projet du digital au sein d’un accélérateur de startups, je me suis tournée vers la rédaction de contenu… Et je suis entrée dans le monde de la formation professionnelle ! Aujourd’hui, je m’intéresse à la transformation du métier de formateur au travers de la révolution numérique.

1 Comment

  1. Bravo pour ce magnifique poisson d’Avril qui réjouit mon cœur de rôliste (joueur de jeux de rôles) et fait rigoler mon cœur de pédagogue.

    Comme toutes les modalités, le jeu de jeu de rôles (JJDR) apporte des avantages, à condition de bien l’utiliser

    Tous mes propos concernent l’usage du JJDR dans des formats courts (comme une formation), après plus de 40 ans de pratique de ce hobby, sa découverte a été un tournant dans ma vie :):)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Send this to a friend