Réforme Formation

La réforme va-t-elle tuer les formateurs indépendants et petits organismes de formation ?

La réforme de la formation professionnelle promulguée en septembre 2018 va inciter les CFI[1] et petits organismes de formation à obtenir des certifications et à créer des parcours pédagogiques individualisés.

Quelles sont les solutions permettant à ces acteurs de répondre à ces nouveaux enjeux ? Quels sont les dangers et opportunités de cette réforme pour les CFI et petits organismes de formation ? Pour répondre à ces questions, Digiformag a interrogé Martine Guerin, président de SYCFI[2]

Certification : tous les OF ne sont pas égaux 

Le coût lié à une démarche de certification a pendant longtemps été un sujet ignoré. Or, ce coût ne peut être le même pour tous les dispensateurs de la formation.

En effet, qui dit certification dit audit réalisé par un organisme habilité. Ce dernier peut très vite s’avérer onéreux tant sur le plan financier, matériel qu’humain comme le confirme Martine Guérin. « Imaginez un formateur indépendant qui travaille seul et est souvent en déplacement. Non seulement, il devra bloquer un créneau pour recevoir un auditeur, mais cela représentera de surcroît un investissement, car les audits peuvent coûter cher. De plus, la durée d’une certification est en moyenne de 3 ans. Il devra donc renouveler le processus tous les 3 ans ! Enfin, la constitution d’un dossier prend du temps et tous les OF ne sont pas égaux. Un mastodonte tel que Demos ou Cegos qui disposent des ressources humaines nécessaires pour se consacrer à cette seule la tâche et qui ont les moyens d’être audités à chaque fois que leur certification arrive à échéance. »

Le SYCFI a souhaité alerter le ministère du travail sur cette inégalité et a publié un communiqué de presse en mars dernier exigeant du ministère du Travail à prendre des mesures concrètes pour ne pas handicaper les CFI et petits organismes de formation. C’est une demande que semble avoir écouté le cabinet de Muriel Pénicaud qui a assuré que des modalités d’audit seraient prises en compte en fonction de différents critères dont le chiffre d’affaires annuels réalisé par l’OF.

Ces mesures sont-elles suffisantes pour assurer un « meilleur équilibre des forces » entre les petits et plus grands acteurs de la formation professionnelle ? Rien n’est moins sûr, car en matière de qualité, le DataDock sera bientôt remplacé par un référentiel national unique.

Si le DataDock portait sur les preuves de mise en place d’une démarche qualité et exigeait ainsi la production de documents spécifiques à la formation (contrat de formation, convention de formation), le nouveau référentiel qualité va beaucoup loin.

En effet, les audits porteront sur la manière dont travaillent les organismes de formation et leurs capacités à améliorer leurs formations par le traitement des réclamations et des appréciations.

Outre l’aspect financier, l’obligation de certification va contraindre les CFI et formateurs indépendants à monter en compétences afin de développer un véritable management de la qualité.

Cette mise en œuvre va nécessiter le déploiement d’un accompagnement spécifique de la part des pouvoirs publics. Cette mission sera d’ailleurs confiée aux nouveaux opérateurs de compétences : les OPCO.

Sur ce sujet, le SYCFI se montre prudent et réaliste sur le périmètre d’action des OPCO « Les OPCO seront trop peu nombreux pour assurer cette mission et ils ne pourront à eux seuls délivrer des conseils individualisés à tous les organismes de formation. Ils seront donc dans l’obligation de déléguer ces missions et de faire appel à des consultants externes ».

Se former d’abord, se « digitaliser » ensuite

Le premier changement introduit par la réforme de la formation professionnelle concerne la redéfinition de l’action de formation.

Cette dernière prend en compte de nouvelles modalités de formation : la formation en situation de travail (AFEST), la formation en présentiel et la formation à distance. Le e-learning est par conséquent officiellement reconnu par le gouvernement.

Le e-learning est un enjeu majeur pour les CFI et petits organismes de formation. Pourtant, une partie d’entre eux ont à peine commencé leur transformation digitale ?

Comment créer des parcours de Blended Learning ou des modules de e-learning lorsque ces acteurs ont à peine commencé à dématérialiser leurs documents pédagogiques et administratifs ? Pour Martine Guérin, la priorité est de former les CFI au e-learning « nous proposons des formations en e-learning afin de permettre à nos adhérents, mais également à tous les participants de nos programmes de disposer des bases nécessaires pour créer des programmes de formation e-learning ».

En outre, on ne cessera jamais de rappeler à quel point ce ne sont pas les outils ou les logiciels utilisés qui permettent de digitaliser son activité de formation, mais bien de disposer d’une stratégie en matière d’e-learning.

En effet, penser qu’il suffit de transposer une formation en présentiel en une formation à distance est une erreur (à ce titre, nous vous invitons à consulter notre article dédié aux erreurs les plus fréquentes sur la création de formation en e-learning), car le parcours pédagogique de l’apprenant est différent selon qu’il s’agisse d’une formation à distance ou en présentiel.

En outre, les mécanismes mis en place pour susciter la motivation chez un stagiaire sont différents si ce dernier se trouve dans une salle de cours ou chez lui derrière un écran d’ordinateur.

Tous ces aspects sont à prendre en compte et là encore, tous les organismes de formation ne disposent pas des mêmes moyens pour digitaliser leurs parcours de formation.

Les acteurs les plus importants sont à même de recruter des collaborateurs dédiés à cette mission et proposent depuis plusieurs années déjà des parcours en Blended Learning.

Certains ont déjà investi dans des technologies leur permettant de concevoir des modules e-learning.

Chez Digiformag, nous sommes convaincus de la nécessité de former et d’accompagner les petits organismes de formation et formateurs indépendants à numériser leurs parcours de formation

Mais, nous sommes également persuadés que les outils et logiciels actuels sont bien trop onéreux et complexes à utiliser pour les plus petits organismes de formation.

Il sera donc nécessaire de concevoir des solutions e-learning accessibles en termes de tarifs et capables de répondre à leurs besoins.

L’union fait la force

Pour les CFI et petits organismes de formation, l’enjeu est de nouer des synergies avec d’autres acteurs de la formation professionnelle afin de pouvoir répondre aux exigences de la réforme tout en demeurant compétitif et rentable.

La loi « Avenir professionnel » considère désormais que la VAE (validation des acquis d’expérience) et les bilans de compétences relèvent de la formation professionnelle. Les centres de formation ou de coaching qui proposaient ce type de prestations n’étaient pas forcément habilités à répondre aux exigences de certification ou encore à proposer un parcours pédagogique individualisé.

Le passage d’un plan de formation à un plan de développement des compétences va justement inciter les CFI et petits organismes de formation à individualiser toutes les formations proposées. Selon Martine Guérin, c’est une nouvelle approche de la formation qui est en train d’émerger « Avec cette nouvelle la réforme, le formateur ne peut plus se contenter de créer un programme de formation pour former par exemples des managers à la prise de décisions. Il doit également créer un parcours pédagogique pour chacun des apprenants et faire en sorte que cette formation puisse s’intégrer dans le plan de carrière pour tous les stagiaires. Le formateur de demain devra disposer de nouvelles compétences RH afin de pouvoir développer l’employabilité des salariés d’une entreprise. Il sera donc dans l’obligation de se former pour acquérir ces nouvelles compétences ou de s’associer avec d’autres personnes qui ont déjà acquis ces compétences ».

Cette nécessité de conclure des partenariats est d’autant plus importante qu’elle peut s’avérer délicate pour certains formateurs indépendants habitués à travailler seuls et peu enclins à collaborer avec de nouveaux venus

De plus, les nouvelles réglementations prévues par par la loi ne concernent que les formations financées par les dispositifs et aides publics.

Certains formateurs pourraient donc être amenés à croire que l’obligation de certification ne les concernent pas car leurs clients peuvent se passer de fonds publics.

Et pourtant ! Les financements pour la formation professionnelle sont nombreux et la réforme vise à faciliter l’accès aux formations aux publics concernés.

Ainsi, l’application CPF va simplifier la recherche et l’inscription à une formation. Cela va certainement inciter plus d’actifs à l’utiliser.

La présidente du SYCFI est convaincue que cette réforme n’épargnera aucun formateur « Certains formateurs pensent que parce qu’ils ont suffisamment de clients aujourd’hui qui financent eux-mêmes leurs formations, ils n’auront pas besoin de se plier aux nouvelles exigences de la loi et c’est une erreur ! Et si demain votre client décidait de mobiliser son CPF, de se faire financer par France Compétences ou simplement de se montrer plus exigeant et de réclamer que son prestataire soit certifié ? Il est impératif de se former au e-e-elarning et de commencer dès maintenant une démarche de certification. Il en va de la pérennité de votre activité ».


[1] CFI = Consultants formateurs indépendants


[2] Syndicat des Consultants – Formateurs indépendants

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