Pédagogie

Adapter sa formation au handicap invisible : les DYS

Quand on pense formation et handicap, on se pose en premier la question de l’accès PMR, il y a-t-il un plan incliné, un ascenseur, des portes assez larges. Et heureusement, de plus en plus, la réponse est OUI.

Mais il est une autre forme de handicap à prendre en compte, plus complexe car souvent invisible : les DYS.

De quoi parle-t-on quand on parle de DYS ?

Les DYS, c’est la famille des troubles cognitifs tel que la dyslexie, la plus fréquente et connue, dysorthographie, dyspraxie, dysphasie, dyscalculie, trouble de l’attention. Ces troubles cognitifs concernent environ 8% de la population. Ils sont de mieux en mieux détectés chez les élèves mais vos stagiaires adultes peuvent très bien présenter des troubles sans avoir été détectés et donc avoir gardé une certaine amertume vis-à-vis de l’école. En effet, comme le disait une connaissance prof « pendant toute ma carrière, j’ai eu environ 50 cancres, avec le recul, je sais qu’il y avait parmi eux 40 DYS non détectés et 10 cancres au maximum ».

Ces personnes vont donc arriver en formation peut être avec un peu d’appréhension, c’est à vous formateurs de les mettre à l’aise et d’adapter votre formation pour favoriser la transmission des compétences.

Mais si je ne sais pas que mes stagiaires sont DYS, je fais quoi ?

L’idée est de proposer une formation qui s’adresse à tout le monde et qui permette aux DYS de se découvrir compétents alors que leur trouble leur bloque l’accès à certaines informations.

Par exemple, si pour un même support, il est fait une présentation synthétique schématique du contenu ET un développement en phrases plus littéraires, chacun trouvera le support le plus adapté à son fonctionnement. Cela est vrai en général, certains préfèrent les textes, d’autres des dessins, c’est primordial pour les DYS. En effet, un dyspraxique peut ne pas comprendre des schémas, des flèches et ne pas réussir à la reproduire tandis qu’il sera à l’aise avec du storytelling tandis qu’un dyslexique sera moins efficace avec des phrases développées. Les cartes mentales sont aussi un outil intéressant à utiliser pour vérifier que les stagiaires ont bien suivi vos explications.

Et pour les TDA-H, je fais quoi ?

Ces personnes souffrent d’un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité associée. Si elles sont aujourd’hui devant vous en formation, c’est qu’elles arrivent à compenser ce trouble, mais cela leur coûte. Sachant que déjà pour un adulte non TDA, il est difficile de rester assis en formation quand on a quitté les bancs de l’école depuis des années, c’est d’autant plus dur pour eux.

Pour cela, la première chose à faire sera de varier les sessions pour rétablir l’attention. Mais aussi de permettre à chacun de bouger à sa guise assez régulièrement (de l’intérêt par exemple de ne pas récupérer soi-même les fameux post it mais laisser les stagiaires les coller au tableau, ceux qui ont besoin de bouger se lèveront, ceux qui sont en pleine digestion les laisseront à leur voisin). Ce trouble peut se traduire aussi par le besoin de tripoter un objet pour se concentrer.

Et pour les travaux de groupe ?

L’idéal est de permettre à chacun de prendre le poste qui le met le plus en valeur. Par exemple, en trinôme. Pour chaque équipe, un objectif commun et ils se répartissent les tâches (1 qui prend les notes, 1 qui transcrit et 1 qui restitue à l’oral. Dans cette configuration chacun trouve sa fonction avec sa capacité). Cela ne veut pas dire que l’on laisse le choix à chacun de participer ou non car notre rôle est d’accompagner le processus d’engagement dans l’apprentissage. Et les DYS non détectés ont souvent élaboré une stratégie d’évitement complet pendant leurs études (le petit coin discret pour se faire oublier) pour ne pas se retrouver en posture d’échec.

Et mon support de formation dans tout ça ?

N’hésitez pas à fournir une version numérique modifiable du support à vos apprenants. En effet, certains auront peut-être besoin d’un double interligne, d’une police particulière pour mieux le lire, il serait dommage qu’ils restent bloqués sur la version imprimée trop petit pour économiser du papier. De même, envoyez les photos des schémas faits pendant la session.

Mais alors, je fais quoi de mon QCM final ?

Le QCM d’évaluation final, qui reste encore très majoritaire en fin d’évaluation (facile à corriger, possibilité de faire des stats..) ne doit pas être la seule option proposée au stagiaire. On peut lui proposer un schéma de synthèse à compléter ou des questions ouvertes à rédiger, voire une synthèse orale.

Le plus important : la bienveillance et l’écoute

Quand le cadre est posé, que la personne sait qu’elle n’est pas là pour être jugée mais progresser, qu’elle sait qu’elle pourra poser une question ou reformuler sans être moquée, il est plus simple pour elle de se plonger dans la formation. N’hésitez pas à proposer des moments courts de « tête à tête informel» pour ceux qui n’oseraient pas prendre la parole en public (pendant la pause par exemple, dont vous avez bien sur besoin vous aussi mais qui peut être rallongée de 5 minutes pour que vous éclaircissiez un point).

Adapter votre formation aux DYS ne vous demandera pas un travail supplémentaire important mais permettra à tout à chacun de repartir avec les bénéfices de votre formation. Et peut-être à certains de reprendre le goût d’apprendre

Pour en savoir plus : www.ffdys.com

Consultante formatrice en marketing et communication interculturelle, forte d’une expérience de plus de 10 ans en relation avec de nombreux pays, que ce soit en Asie, Amérique du Sud, Etats Unis ou Europe.

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