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, Gestion formation, Qualiopi

Ils témoignent : gérer le handicap au sein d’un organisme de formation 

Sommaire

De nombreux organismes de formation craignent de ne pas savoir s’y prendre dans l’accueil de leurs apprenants en situation de handicap. C’est pourtant une obligation Qualiopi qui n’est pas si difficile à mettre en place et un bon moyen d’étendre sa cible de prospects. Afin d’en savoir plus sur ce sujet, j’ai interrogé des spécialistes qui ont dû adapter leur fonctionnement pour accueillir ce public dans les meilleures conditions.  

 

Roseline TiffreauRoseline Tiffreau   est   la   dirigeante   de   l’organisme   de   formation   SAS   formation rédaction web de Lucie Rondelet (présidente et formatrice principale). Son rôle est de garantir la démarche qualité, de coordonner le travail des équipes et de recruter de nouveaux salariés.

Elle est également – et c’est ça qui nous intéresse – référente handicap de l’entreprise qui compte à ce jour plus d’une vingtaine d’intervenants. 

 

 

 

 

Stéphanie Defrance Costa

Stéphanie Defrance Costa quant à elle, est ingénieure pédagogique chez Novalearning. Il s’agit du pôle formation de l’entreprise adapté NovaSancO. Novalearning propose des formations en distanciel et principalement en e-learning sur tout ce qui est bureautique, langue ou logiciel. Ils développent depuis le début d’année, des formations sur le handicap : sensibilisation, recrutement et management des personnes en situation de handicap, etc. 

 

 

Quel est l’élément déclencheur qui vous a poussé vers l’amélioration de votre OF pour un meilleur accueil des apprenants en situation de handicap ? 

Roseline : c’est dans notre ADN de chercher constamment à nous adapter aux besoins de nos stagiaires. Proposer des formations adaptées spécifiquement aux personnes en situations de handicap devenait une évidence. J’ai une expérience qui me rend particulièrement sensible à ce sujet puisque j’ai travaillé durant 11 ans dans le médico-social pour l’Adapei du Rhône, en terminant sur des postes de chef de service.

Au même titre que la démarche qualité fait partie inhérente de notre organisation, la place de la personne en situation de handicap est très importante. 

Stéphanie : nous sommes une entreprise adaptée, ce qui signifie que nous avons pour obligation légale d’avoir dans nos effectifs au minimum 55 % de personnes en situation de handicap. Qualiopi allait de soi pour nous puisque toute notre entreprise est adaptée de base à ce type de gestion. 

Il nous a suffi ensuite de dupliquer dans l’organisme de formation ce que nous avons mis en place dans nos processus de recrutement et au sein de l’entreprise. Exemple concret : nous demandons systématiquement lors des entretiens s’il y a un besoin d’adaptation. On fait la même chose au début des formations en fournissant un questionnaire de recueil des besoins aux apprenants. 

Qualiopi a-t-il joué un rôle dans cette adaptation ? 

Roseline : l’accueil des personnes en situation de handicap était déjà bien pensé, mais la certification Qualiopi nous a permis de remettre en perspective nos connaissances et de nous poser des questions avec un autre point de vu et surtout d’écrire nos process. J’ai aussi assisté à une formation sur le référent handicap en ayant pour objectif de m’informer sur la loi et de confronter mes acquis pour améliorer notre façon de faire actuelle. L’important, selon moi, est de partir avec un esprit ouvert et d’oublier un peu ce qu’on sait déjà même (ou surtout) si on pense déjà connaitre le sujet 

Quand l’information arrive d’un tiers, j’aime me poser la question : « par rapport à ce que je comprends, quelles   sont   les   choses   à   mettre   en   place   et   comment   améliorer   mon fonctionnement ? »

Quelles actions concrètes avez-vous mises en place pour permettre aux personnes en situation de handicap d’accéder à vos formations de manière optimale ? 

Roseline : dans le questionnaire de prérequis et le questionnaire de positionnement, il y a systématiquement une question pour récolter les besoins spécifiques des apprenants. Dans le parcours de formation, nous élaborons actuellement un contenu afin que tous les apprenants puissent accéder à des conseils, liens et contacts utiles pour leur permettre d’accéder à la formation dans les meilleures conditions. Nous partons d’un constat initial, handicapant pour suivre la formation, (difficultés à entendre le contenu d’une vidéo, à rester assis devant un écran, à se concentrer le temps d’un cours…) pour proposer des ressources.

Nous avons aussi intégré des cours pour sensibiliser nos stagiaires à l’accessibilité de leur propre travail. Nous formons aux métiers de l’écriture digitale. Nous avons, par exemple, créé un cours intitulé : « prendre en compte les internautes en situation de déficience visuelle. » Ou encore pour les futurs rédacteurs web SEO : « utiliser les règles pour l’accessibilité des contenus web. »

Pour suivre la formation, l’apprenant doit déjà réussir le test de prérequis qui est lié à un certain niveau cognitif. Il doit avoir un bon niveau en français, grammaire, typographie, orthographe, etc. Ce test comporte une question sur des besoins spécifiques. Selon les réponses à cette question, je vais proposer un entretien. Le futur stagiaire choisit la forme qui lui convient le mieux : visio, présentiel, écrit, téléphone. J’ai eu le cas il y a quelques mois, d’une personne malentendante qui préférait échanger par SMS. Je récolte alors les besoins et envisage des solutions avec l’apprenant.

Je pense qu’il est important de ne pas ostraciser les personnes en situation de handicap en créant des process spécifiques parallèles à notre organisation. Nous avons choisi de créer un document ressource pour tous les types de stagiaires. Le principe est simple : les apprenants peuvent piocher dans les ressources qui les concernent. Que les personnes soient en situation de handicap ou non, et en fonction de leurs réponses, elles accèdent à un contenu spécifique.

Voici un exemple : si elles cliquent sur « avez-vous les yeux qui pleurent après plus d’une heure devant un écran ? » ou bien « souffrez-vous de douleur dans le dos lorsque vous travaillez sur votre ordinateur ? » elles accèdent à des contenus et ressources concernant l’ergonomie du poste de travail.

L’idée consiste à éviter de pointer du doigt les personnes en situation de handicap. Les propositions d’outils, de contacts de professionnels ont pour but d’aider les personnes à suivre leur formation de manière optimale. 

Stéphanie : nous faisons toujours appel à un ergonome pour adapter le poste aux salariés et nous faisons de même pour les apprenants si nous détectons une personne qui a un besoin particulier. Nous mettons en place des mesures pour qu’il puisse suivre sa formation au mieux.

Dans la conception de nos formations, nous essayons d’être accessibles, que ça soit au niveau de la police choisie, de la couleur du texte, du sous-titrage des vidéos… Au même titre que du côté employeur, nous anticipons au maximum les besoins.

Le plus important : communiquer sur notre accessibilité afin que le public en situation de handicap se manifeste le plus rapidement possible pour nous indiquer son besoin d’adaptation. Il est également important de ne pas hésiter à impliquer la personne en situation de handicap dans ses besoins d’adaptation. En effet, il est susceptible d’avoir ses propres outils qui lui permettent de suivre la formation sans difficultés. Un apprenant souffrant de problèmes de vue par exemple, peut utiliser un logiciel ou du matériel qui lui permettent d’accéder à une page web ou même de lire un texte. 

Avez-vous rencontré des difficultés pour accueillir un certain type d’apprenants ? 

Roseline : oui bien-sûr, nous avons rencontré une difficulté par rapport à un handicap psychique. La personne en question n’a pas souhaité exprimer ses besoins. Ni lors du questionnaire de prérequis, ni lors du questionnaire de positionnement. Elle nous l’a indiqué lorsque les difficultés étaient déjà tellement importantes, que l’action de formation n’avait plus de sens. Il a fallu se résoudre à arrêter la formation.

Son handicap était assez désarçonnant et, avec le recul, je ne sais pas dans quelle mesure cela aurait pu être compatible avec le métier de rédacteur web SEO en freelance. Depuis nous avons modifié nos deux questionnaires. Notre précédent test de prérequis était trop ciblé sur des compétences d’orthographe, de grammaire et de typographie. Nous avons ajouté des questions ouvertes concernant le projet professionnel. Cela nous permet de vérifier la cohérence de l’enchaînement des idées et la maturité du projet de formation professionnelle. Il nous est aussi arrivé que l’apprenant soit obnubilé par le fait de terminer la formation, sans prendre en compte les remarques et sollicitations apportées par son tuteur. 

Nous sommes aussi assez démunis lorsque les stagiaires coupent toutes communications. Nous ne pouvons, de ce fait, pas mettre en place l’étayage ou les adaptations qui leur permettraient de réussir. Il ne faut pas oublier que c’est de la responsabilité du stagiaire de s’emparer de ce que nous avons conjointement proposé. Notre travail consiste à simplement faire de notre mieux, de nous rendre disponible et à l’écoute, puis de composer avec les informations que nous détenons et avec la volonté du stagiaire d’être accompagné. 

Stéphanie : comme une grande proportion de notre effectif est en situation de handicap, nous pouvons nous apercevoir des limites de nos formations avant de les lancer. En l’occurrence, l’un de mes collègues, malvoyant n’avait pas la possibilité d’accéder à une formation en bureautique car elle contenait de très nombreuses vidéos ce qui lui causait des difficultés. Son retour nous a permis d’adapter nos pratiques pour que la formation soit accessible au plus grand nombre. 

Nous essayerons toujours de trouver une solution pour s’adapter et pour cela, il faut dès le début de la formation penser au maximum « accessibilité ». 

Et au contraire, pourriez-vous nous partager une success story ? 

Roseline : bien-sûr ! Nous avons récemment créé un parcours sur-mesure pour une personne avec autisme de haut niveau. J’ai donc suivi mon processus, je lui ai proposé de choisir la forme d’entretien qu’elle préférait puis je lui ai posé plusieurs questions de manière à déterminer les freins potentiels à sa progression. Mon objectif était de récolter toutes les informations nécessaires à la conception d’un environnement de formation lui permettant d’être en situation de réussite. 

A la suite de la visio, j’ai listé les besoins de cette personne. Pour chaque besoin, j’ai proposé une adaptation. C’était l’assurance d’une réussite pour cette personne et c’était possible pour notre organisme. Elle a commencé en septembre dernier et terminera en septembre de cette année.

Nos sessions durent 14 semaines et mettent l’accent sur l’appartenance à un groupe. Cette configuration mettait cette stagiaire dans une situation de stress énorme. Nous avons donc étendu sa formation sur une durée d’un an. Cela lui permet d’aller à son rythme. De la même manière, nous avons créé une session dans laquelle elle est seule car elle éprouvait des difficultés à travailler en groupe. Elle voulait échanger avec un interlocuteur direct en cas d’interrogations, donc nous avons ouvert un canal sur lequel elle peut poser toutes ses questions directement à sa tutrice. Celle-ci a été briefée sur les bonnes pratiques et formes de communication à adopter avec cette stagiaire. 

Cette stagiaire progresse bien et exprime régulièrement et spontanément par mail qu’elle est très satisfaite de sa formation !  

Quels conseils donneriez-vous à d’autres organismes de formation souhaitant s’adapter pour pouvoir accueillir des personnes en situation de handicap et répondre aux demandes de l’indicateur 26 de Qualiopi ? 

Roseline : je pense qu’en premier lieu, il faut mettre en perspective les objectifs de la formation et les prérequis indispensables pour les atteindre. Il s’agit d’un positionnement qui refuse la discrimination vis-à-vis d’un handicap. De ce fait, nous faisons en sorte d’ouvrir la formation aux personnes ayant les prérequis indispensables pour la suivre. 

Je pense aussi qu’il est important d’intégrer l’accueil des publics en situation de handicap dans le processus classique, naturel, de notre organisation. Je suis persuadée que c’est une erreur de créer des processus distincts car c’est surligner le handicap. Cela aide-t-il vraiment à l’inclusivité ? Je comprends l’envie de bien faire, mais le risque de ne pas suivre un process est grand car nous aurions tendance à l’oublier.

Stéphanie : en premier lieu, je dirais qu’il ne faut pas avoir de préjugés sur le handicap car 80 % des handicaps sont invisibles. Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’ils n’existent pas. 

Il faut se former, faire de la veille sur le sujet car plus on s’informe, plus il est facile de nous adapter de façon naturelle. 

Finalement, je dirais qu’il faut l’intégrer dans tous les process et pas uniquement pour répondre à l’indicateur 26 de Qualiopi. Le handicap est présent dans tous les indicateurs. Il est important dans l’intégralité de notre fonctionnement, de « penser handicap », de manière à s’adapter complètement, afin d’accueillir les apprenants de manière optimale. 

 

En conclusion

Et voilà, vous en savez davantage sur les adaptations nécessaires à l’accueil du public en situation de handicap. Vous pouvez sans doute leur poser directement la question, ils vivent avec leur handicap au quotidien et sont donc les plus à même de savoir ce dont ils auront besoin pour être en situation de succès. 

Des organisations comme l’AGEFIPH existent pour vous accompagner et vous former. Vous pouvez faire appel à eux et vous informer concernant les aides mises en place pour vous permettre de vous adapter.  

One thought on “Ils témoignent : gérer le handicap au sein d’un organisme de formation 

  1. Je tenais à vous féliciter pour votre article. Je suis formateur indépendant et je travail à l’AFTRAL. Cette entreprise de formation dans le transport et la logistique forme aussi des gens en situation de handicap pour passer les permis poids lourds. Quelle belle aventure…

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